RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Le cas Addax Petroleum

Ainsi donc on apprenait voilà quelques jours, grâce à la Tribune de Genève, le départ à venir d’Addax Petroleum du bout du lac. Cette annonce, qui laisse sur le carreau quelque 174 employés, intervient alors que le 5 juillet dernier, le Ministère public annonçait le classement de la procédure contre Addax en échange d’un versement de 31 millions de francs.

Rappelons qu’en février 2017, ce Ministère public avait ouvert une procédure pénale portant sur des soupçons d’actes de corruption d’agents publics étrangers. L’instruction était dirigée contre deux membres de la direction de la société pétrolière et contre la société elle-même. Il leur était reproché des paiements injustifiés d’un montant total de «plusieurs dizaines de millions» en faveur d’une société et d’avocats au Nigeria. S’agissait-il de corruption? 

A l’issue de quatre mois d’enquête approfondie, il a été établi que les paiements en question «n’étaient pas suffisamment documentés et que, par conséquent, des incertitudes demeuraient quant à leur légalité». Comme le permet l’article 53 du Code pénal depuis 2007, il peut être mis fin à une procédure lorsque le prévenu «a réparé le dommage ou accompli tous les efforts que l’on pouvait attendre de lui pour compenser le tort qu’il a causé». Dans le cas d’Addax, une somme de 31 millions de francs a été versée dans les caisses genevoises. Voilà deux ans déjà, la même issue s’était dessinée après le versement de 40 millions de francs par HSBC (Suisse). 

Quel coût, au final?

Le cas Addax amène deux réflexions: peut-on considérer comme sain le fait que pour punir l’éventuel versement de plusieurs dizaines de millions à des proches d’un gouvernement, une entité proche d’un autre gouvernement exige un versement identique en faveur de ses caisses publiques? 

Second point: le coût final pour Genève du départ d’Addax ne sera-t-il pas plus élevé que les 31 millions perçus ? Pour tenter d’y répondre, il faut cumuler les recettes fiscales d’Addax et celles liées à l’impôt versé par ses employés (sans parler des dépenses de ceux-ci dans le tissu économique local). La masse salariale annuelle actuelle d’Addax doit être proche des 35 millions de francs, autrement dit, c’est plus de 12 millions de recettes fiscales qui doivent être encaissés (si 100% des salariés d’Addax habitent sur Genève ou en France voisine).

Si l’on y ajoute les diverses taxes payées par la société elle-même, on peut estimer que les 31 millions encaissés par Genève doivent correspondre à peine à deux années de présence d’Addax dans le canton. De quoi s’interroger encore davantage sur l’intérêt réel pour Genève de l’arrangement trouvé entre le Ministère public et les actionnaires d’Addax Petroleum. 

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