RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Le virage est pris

Les entreprises leaders du secteur privé semblent avoir bien intégré la dimension «durabilité»

«Alors Davos? C’était comment?» La question revient comme un mantra à chaque personne rencontrée depuis mon retour en plaine. La station grisonne était à l’unisson derrière Klaus Schwab et son World Economic Forum qui célébrait sa 50e édition.

Parfaitement bien rodée, cette manifestation ne laisse personne indifférent. On l’aime ou on la déteste. On y croise la planète entière, des plus puissants jusqu’aux jeunes qui vont faire bouger la planète dès demain. Des centaines d’organismes de toute sorte ont tenté de s’en inspirer, de dupliquer sa recette, sans y parvenir.

Le président des Etats-Unis a délibérément fait le choix de venir à Davos prêcher la bonne parole alors que son procès pour destitution allait s’ouvrir à peine quelques heures après. C’est dire. Et Donald Trump n’a pas boudé son plaisir en y fustigeant «les prophètes de malheur et les prédictions d’apocalypse», une belle dose de mauvaise foi qui est devenue sa signature.

Autre style, celui de Greta Thunberg, jeune activiste du climat, elle aussi venue prêcher la bonne parole à Davos. Elle s’est empressée de dire que «Davos l’avait déçue» car l’élite aurait «ignoré ses revendications». Bref, là aussi, osons dire qu’on y retrouve une certaine mauvaise foi calculée. En effet, comment peut-elle affirmer que son discours sur le réchauffement climatique n’a pas été entendu? D’autant que les thématiques retenues par les équipes du WEF étaient quasiment toutes en lien avec les problèmes environnementaux, les questions de genre, etc.

On peut affirmer qu’un réel «virage mental» semble avoir été pris. Les entreprises leaders du secteur privé ont bien intégré la dimension «durabilité». S’inspirant sans doute du documentariste naturaliste britannique David Attenborough, Paul Bulcke, président de Nestlé, a bien résumé la problématique: «Dans le mot capitalisme, il y a capital. Or, la surconsommation des ressources naturelles de la planète entame de manière irréversible son capital écologique.»

Certes, il reste à passer de la conviction intellectuelle aux actes. Là, il reste encore du chemin à faire. L’air de Davos était parfois irrespirable à force d’assister au ballet incessant d’hélicoptères, et surtout, au défilé ininterrompu de limousines. La pratique de la marche, bien plus efficace, n’a pas encore été adoptée par la majorité de nos dirigeants. Mais cela aussi devrait changer. Il n’y a qu’à entendre la confidence que m’a faite Erik Fyrwald, CEO du groupe Syngenta, en prémices à notre interview, visiblement très perturbé: «Mais pourquoi donc autant de gens continuent d’utiliser des limousines pour se déplacer?»

Bref, si l’on excepte une certaine dose de mauvaise foi théâtralisée, les observateurs ont pu constater que les consciences sont désormais éveillées. L’heure n’est plus à la contestation du réchauffement climatique en tant que tel. La plupart des CEO ont intégré la nouvelle donne. Logique, leur job est d’anticiper pour assurer la pérennité de la société qu’ils dirigent.

Reste au monde politique, au régulateur, à adopter rapidement les bonnes mesures. Celles qui auront un impact à terme sur le climat, sans pour autant mettre le feu à l’économie. En effet, il va falloir agir, tout en évitant de provoquer la mise au chômage de centaines de milliers d’individus. Un détail sans doute aux yeux de l’activiste suédoise de 17 ans, mais un détail qu’on ne doit pas négliger. Les entreprises sont comme la nature, résilientes, mais tout dépendra de la puissance des perturbations à affronter.

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