RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Le pseudo-espion Huawei

Espérons que nos élites sauront réagir comme il se doit à cette nouvelle avalanche de fake news américaines

Faut-il en rire ou en pleurer? En décembre dernier, la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou (qui est également la fille du fondateur), était arrêtée au Canada sur requête des autorités américaines qui brandissent 23 chefs d’accusation… Principalement, les autorités américaines soupçonnent l’entreprise chinoise d’installer des backdoors, ou «portes dérobées», pour contrôler les communications qui transitent via ses équipements. En d’autres termes, le groupe est accusé par Washington d’être le cheval de Troie de l’espionnage chinois. 

Rebondissement malvenu pour le gouvernement Trump: nos confrères du Financial Times révélaient mi-février que le National Cyber Security Centre britannique avait conclu que le numéro un mondial des équipements de télécommunication n’était pas si menaçant que cela. Espérons que ce rebondissement mettra un terme à la campagne de dénigrement menée par les Etats-Unis ou qu’au moins nos élites sauront réagir comme il se doit à cette nouvelle avalanche de fake news américaines. Washington semble vouloir produire de plus en plus de navets…

Une fois de plus, les autorités de ce pays utilisent des menaces fictives pour parvenir à remporter une guerre commerciale. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de penser que le fait que Huawei soit passé devant Apple en termes de chiffre d’affaires, justement dans le courant de l’année 2018, a pu jouer un rôle. Certes, il est difficile d’exclure tout danger dans l’absolu. Mais ce reproche pourrait tout aussi bien s’appliquer aux géants américains, les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon). Les multinationales américaines seraient-elles les «gentils» alors que le géant chinois doit se cantonner au rôle du «méchant»? 

Les 1er et 2 avril prochain, la Commission suisse de la politique de sécurité du Conseil des Etats évaluera les risques que peut faire peser Huawei. Sans doute vaudrait-il mieux que les 13 membres de cette commission mènent leur analyse d’une manière plus large, sans tenir compte uniquement de la nationalité de la compagnie concernée. Car, oui, en effet, le danger de la cybercriminalité est à prendre au sérieux. Sans doute faudrait-il pour y faire face que notre pays décide d’y consacrer les moyens nécessaires. Cela passera par l’engagement des meilleurs experts dont la Suisse ne manque pas. 

Bien géré et dégageant régulièrement des excédents, notre pays a les moyens de s’attaquer au problème. Avec la prochaine arrivée de la 5G, chaque élément de l’infrastructure aura accès à une part importante de l’infrastructure globale. Bref, autant dire que le risque d’accéder à des informations sensibles va très significativement augmenter. Il faut donc sortir de la posture des gentils naïfs se muer en citoyens responsables et conscients des risques. 

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