RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Le Covid-19 renforce Genève

Il faudra être à l’écoute des maisons horlogères et éviter de commettre les mêmes erreurs que le groupe MCH

C’est difficile à admettre, mais malgré le lourd tribut des décès liés à la pandémie, il n’est pas impossible que Genève tire les marrons du feu de la situation. En effet, à la suite de l’annulation de l’édition 2020 de Baselworld, divers problèmes de compréhension réciproque ont provoqué une rupture historique entre l’organisateur de ce salon (MCH Group) et des maisons comme Rolex, Patek Philippe ou Chopard, suivies très rapidement des marques du groupe LVMH.

Rappelons que le groupe Swatch et Raymond Weil avaient déjà fait le choix de quitter l’ancienne Muba (Mustermesse Basel), née en 1917 sous l’appellation de Foire suisse d’échantillons. A l’époque, sur 831 exposants répartis sur 6000 m2 dans le casino de la ville, seuls 29 provenaient du secteur de l’horlogerie et de la bijouterie. Parmi eux: Longines et Ulysse Nardin. En réalité, il faudra attendre 1931 pour qu’une Foire suisse de l’horlogerie se tienne lors de la Muba, dans un pavillon indépendant.

La malchance a voulu que ce ne soit qu’au début des années 2010 que le site a été entièrement refait, pour un important investissement de 430 millions. A partir de là, on peut presque dire que cela a été le début de la fin des haricots. Même si les éditions de 2014, 2015 et 2016 ont semblé donner raison aux promoteurs du nouveau complexe d’exposition, réalisé par les stars bâloises de l’architecture, le duo Herzog & de Meuron. Sauf qu’en 2017, le nombre d’exposants baissait de l’ordre de 15%, pire encore en 2018 avec une chute de près de moitié, pour en arriver en 2019 à quelque 520 exposants (au lieu de 1500 deux ans plus tôt).

Retombées économiques

On le sait, le modèle des grands salons est à la peine depuis quelques années. Et le secteur de l’horlogerie n’est pas épargné. Ce n’est pas pour rien que le Salon international de la haute horlogerie (SIHH) a été contraint aussi de se réinventer. La première édition de Watches & Wonders à Palexpo (GE) ayant été annulée, il faudra patienter jusqu’en 2021 pour découvrir ce que la Fondation de la haute horlogerie a imaginé.

Une chose est sûre: pour Genève, la décision de Rolex, Tudor, Patek Philippe, Chopard et Chanel, suivies par TAG Heuer, Hublot, Zenith et Bulgari de venir présenter leurs nouveautés aux mêmes dates que le salon Watches & Wonders laisse augurer un doublement (au minimum) des retombées économiques pour la région genevoise. Alors que Baselworld provoquait un impact de l’ordre du milliard de francs durant ses années fastes, on peut s’attendre à ce qu’en Suisse romande on parvienne à un montant de l’ordre de 200 à 250 millions de francs (au lieu des 100 millions des dernières éditions du SIHH).

L’ambition des organisateurs n’est pas de transformer les salons genevois en une vaste manifestation populaire. Ces rassemblements restent avant tout destinés à faciliter la prise de commandes. Ils concernent les distributeurs venant de toute la planète, ainsi que la presse spécialisée.

L’avenir nous dira si un tel rassemblement en avril est judicieux alors que de nombreuses marques ne peuvent et ne veulent attendre au-delà de mars pour planifier la fabrication des nouveaux modèles. A Genève de savoir être à l’écoute des maisons horlogères concernées, et surtout d’éviter de commettre les mêmes erreurs que MCH, organisateur de Baselworld. Et souhaitons à nos amis bâlois que leur salon parvienne à se réinventer à son tour. Il y a sans doute la place pour un second événement, redimensionné.

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