RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

La Suisse n’est plus un pays neutre

Dans l’esprit des citoyens suisses, notre pays est et sera toujours neutre. D’ailleurs, la Constitution fédérale prévoit que le Conseil fédéral et l’Assemblée fédérale veillent à préserver la neutralité.

Et pourtant, la Suisse contribue directement à des exercices d’intimidation de l’OTAN contre la Russie. Ceci, alors même que les relations se sont tendues à l’extrême entre les Etats-Unis et la Russie. Pourquoi dès lors accepter que nos militaires participent à ces entraînements, alors que cela viole clairement le principe d’impartialité que la Suisse devrait respecter ?

En fait, à l’origine de cet alignement sournois et progressif, il y a l’adhésion de la Suisse au Partenariat pour la Paix (PpP)  voici 20 ans. Comme l’ancien ministre américain de la Défense, William Perry, l’avait déclaré: «La différence entre l’adhésion à l’OTAN et au PpP est plus ténue qu’une feuille de papier.» 

Dans notre pays qui se veut le roi de la démocratie directe, le peuple a-t-il une seule fois exprimé le souhait de renoncer à sa légendaire neutralité? Non. Jamais. Au contraire, le 12 juin 1994, la population refusait encore la fourniture d’un contingent suisse de casques bleus. C’est dans ce contexte que le conseiller fédéral Flavio Cotti se rendit le 11 décembre 1996 au siège de l’OTAN à Bruxelles pour signer un accord bilatéral d’adhésion au PpP, avec bien entendu le soutien de ses collègues du Conseil fédéral. Le comble du scandale, c’est que le Conseil national lui-même s’est laissé «enfumer» en rejetant la proposition de soumettre l’entrée dans le PpP au référendum facultatif. Ce dernier a naïvement cru que cette décision n’était qu’une banale décision de politique étrangère, sans conséquence majeure, et donc, ne relevant que du seul Conseil fédéral.

Or, force est de constater que les faits et le temps ont montré qu’il n’en était rien. La conséquence la plus importante du PpP est qu’il oblige la Suisse à s’aligner sur la politique de sécurité et la doctrine des relations internationales de l’OTAN.  Désormais, la Suisse ouvre ses comptes et dévoile sa stratégie militaire à tous ses voisins européens, mais également à la Turquie, au Canada et aux Etats-Unis. Elle s’est engagée à adapter ses moyens militaires affectés au PpP aux besoins de défense planifiés par l’OTAN.

Voilà qui explique pourquoi la Suisse participe désormais aux sanctions économiques qui relèvent d’une «juste cause», même si ces sanctions ne reçoivent pas le sceau du Conseil de sécurité de l’ONU! Bref, la Suisse n’est plus un pays réellement neutre qui devrait redoubler de précautions afin de ne pas se retrouver dans un camp contre un autre, ce qui signifie rien de moins que la fin immédiate de tous les bénéfices accumulées par des siècles de neutralité.

Aujourd’hui, il faut être clair: le Conseil fédéral entraîne la Suisse dans une attitude d’hostilité à l’égard de tout ennemi désigné par l’OTAN et, inversement, offre l’accueil et l’amitié à tout allié ou protégé de l’OTAN. Arrêtons avec cette pseudo neutralité qui ne sert qu’à camoufler cette partialité prédominante et imposée de l’extérieur. Mettons fin à ce statut de laquais au service du shérif de la planète !

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