RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

La Suisse suit-elle le Japon?

On ne peut qu’être frappé par les nombreuses similitudes économiques entre nos deux pays

Lorsque l’on examine la situation du Japon, on ne peut qu’être frappé par les nombreuses similitudes entre nos deux pays. Je ne parle pas de la pandémie, mais de l’état de santé de l’économie. Le PIB de la troisième économie mondiale est en recul. Pourtant, les observateurs parlent d’un plein-emploi, avec un taux de chômage de 2,4%. En comparaison, la Suisse se situait à 2,6% fin janvier. Mais il va de soi qu’avec le coronavirus, ces chiffres vont momentanément prendre l’ascenseur.

Autre particularité japonaise que l’on rencontre aussi en Suisse: un tassement des salaires réels. Le pouvoir d’achat des ménages s’effrite, poussant progressivement une part significative de la classe moyenne à devoir se serrer toujours plus la ceinture. Dans certains cantons romands, c’est désormais près de la moitié de la population qui perçoit une aide pour pouvoir payer ses primes d’assurance maladie!

Autre point commun avec le Japon, le niveau des impôts augmente, tandis que les retraites baissent. Certes, pour l’instant la fiscalité cantonale et fédérale n’a que peu progressé, mais, couplée avec les adaptations de la TVA et l’apparition de diverses taxes et émoluments, la courbe va vers le haut. Dans le même temps, avec l’impact des taux négatifs, le rendement des avoirs gérés par nos caisses de pension ne cesse de chuter. Alors que le système était prévu pour pouvoir assurer environ 60% de notre ancien salaire (avec l’AVS), on se dirige vers une situation où le futur retraité ne disposera plus que de 40% de son ancien salaire.

Il faut dire que le taux de fécondité n’arrange rien. Au Japon, les derniers chiffres connus sont de 1,43 enfant par femme. En Suisse, on est passé de 1,52 à 1,44. Reste à espérer qu’avec le semi-confinement, ce taux va augmenter un peu.

Néanmoins, un élément différencie très clairement le Japon et la Suisse. Avec sa politique d’immigration très restrictive (on n’y accepte que les étrangers les plus diplômés), le Japon voit sa population active reculer (-3,1% sur une décennie). A l’inverse, la Suisse a opté pour une politique d’immigration très généreuse. Ainsi, en 2018, la population active a progressé de 0,7% en Suisse, passant de 5,268 millions de personnes au début de l’année 2018 à 5,306 millions à la fin de l’année. Les données pour 2019 ne sont pas encore connues. Ainsi, la Suisse parvient à compenser le vieillissement naturel de sa population avec une main-d’œuvre étrangère plus jeune. Certes, cette plus grande ouverture pose parfois quelques problèmes, mais elle reste indispensable à la bonne marche de nombreux secteurs économiques. Cependant, l’époque viendra sans doute où la robotisation permettra de se passer d’une partie de cette main-d’œuvre étrangère.

Moins endettée

Parmi les autres points qui nous distancient du Japon, il y a l’endettement du pays. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la dette publique japonaise est la plus élevée du monde: elle représente 236% de son produit intérieur brut (chiffres 2017). Elle n’a cessé de progresser depuis les années 1990. N’oublions pas la catastrophe de Fukushima, intervenue en mars 2011, qui a plongé encore davantage le pays dans la récession. Fort heureusement, la dette de la Suisse n’atteint qu’environ 25% de son PIB. Autrement dit, notre pays se porte très bien en comparaison internationale. Même si, il ne faut pas s’illusionner, la Suisse n’échappera sans doute pas à une récession temporaire, Covid-19 oblige.

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