RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

La bagnole ou les courses?

La bagnole ou les courses?

On comprend la colère des responsables des principales fédérations de commerçants genevois. De quoi s’agit-il? Le 15 avril dernier, le président du Conseil d’Etat genevois, l’écologiste Antonio Hodgers, qualifiait «d’anecdotiques» les 426 millions de francs dépensés annuellement par les résidents du canton en France voisine. Ce chiffre est ressorti d’une vaste étude menée dans le Grand Genève. Il s’agit bien évidemment d’une estimation effectuée à partir d’une enquête menée en interrogeant par téléphone 3410 ménages. 

Les associations concernées déplorent une attitude pour le moins désinvolte de celui qui incarne Genève vis-à-vis de leur secteur d’activité. A en croire les journalistes présents lors de cette présentation, le magistrat Vert s’est par contre dit très choqué par les déplacements motorisés engendrés par ces achats transfrontaliers… Sans doute rêve-t-il d’un monde où l’ensemble de la population, y compris les livreurs, ne se déplacerait plus qu’en transports publics et/ou en vélos. 

N’oublions pas qu’avant d’être élu au Conseil d’Etat, Antonio Hodgers avait cofondé la société de conseils Mobilidée, laquelle promeut la mobilité douce. Mobilidée est justement à l’origine de la création de l’association Caddie Service qui s’occupe de faire livrer à vélos les courses effectuées dans les principaux centres commerciaux genevois. Bref, le magistrat Vert espère sans doute qu’un Caddie Service transfrontalier verra le jour prochainement. Pourquoi pas. 

Cependant, rappelons-lui que nous sommes dans une démocratie et que l’on ne peut pas (encore?) contraindre les gens à renoncer à faire leurs courses en voiture. On peut les inciter à s’équiper d’un véhicule plus respectueux de l’environnement mais pas les forcer à attendre un hypothétique bus un dimanche pour aller effectuer les achats qu’ils n’ont pas eu le temps de faire en semaine. 

Dès lors, au lieu de se focaliser uniquement sur le mode de transport, ne devrait-il pas avoir une vision plus globale? Ainsi, en ne soutenant pas activement la réalisation du parking souterrain prévu à Rive qui doit permettre la pérennité des petits commerces situés dans ce périmètre, il fait le jeu des grandes surfaces installées de l’autre côté de la frontière. Ces dernières sont dotées de grands parkings gratuits et d’horaires élargis. En effet, à l’exception des gares et des aéroports qui sont au bénéfice d’une loi favorable au tourisme, la plupart des commerçants de nos grands centres urbains ne peuvent être ouverts le dimanche. A l’inverse, en France voisine, les grandes enseignes sont ouvertes fréquemment jusqu’à 12 h 30 environ le dimanche. Bref, la position quasi dogmatique du magistrat contre «la bagnole» le rend aveugle à certaines réalités, de quoi inquiéter objectivement les représentants des commerçants genevois.

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