RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Il y a riche et riche

Cette édition 2019 attribue un rang aux 300 personnalités. De quoi visualiser encore mieux les plus puissants de ce pays

Voilà trente ans, Bilan voyait le jour sous l’impulsion de Pierre Lamunière et du rédacteur en chef Max Mabillard. Ce dernier, doté d’un ADN de journaliste économique d’investigation, publie en 1989 un dossier consacré aux Suisses les plus puissants. Edité alors par Beat Curti, Bilanz fournit à Bilan le portrait du Suisse le plus riche: Paul Sacher, actionnaire majoritaire du groupe Hoffmann-La Roche. Les deux rédactions vont ensuite collaborer à l’établissement de cette enquête annuelle qui s’intitule dès 2000 «Les 300 plus riches de Suisse».

Comme l’écrivait déjà Max Mabillard en octobre 1989, ce palmarès des fortunes nationales est dressé «au prix de mille difficultés et au terme d’évaluations parfois aléatoires». Ce n’est guère plus simple aujourd’hui. Pour y figurer, le critère était de posséder une fortune supérieure à 100 millions de francs. Aujourd’hui, malgré une inflation très basse depuis une dizaine d’années, les 100 millions de 1989 valent 138 millions de francs. Voilà notamment pourquoi j’ai souhaité supprimer la catégorie des fortunes situées entre 100 et 200 millions de francs.

Des milliardaires «sacrificiés»

Ce choix a été d’autant plus facile à prendre que ces dernières années, nous avons «déniché» une centaine de familles disposant d’un patrimoine suffisamment conséquent pour intégrer notre classement. Or, l’idée étant de présenter les 300 plus riches, et non les 400 ou les 500 plus riches. Comment intégrer ces individus? Il a fallu choisir qui nous allions faire discrètement sortir de notre ranking. C’était assez simple avec les ressortissants de la principauté du Liechtenstein, mais plus compliqué avec les Alémaniques. Il nous est même arrivé de «sacrifier» quelques milliardaires discrets qui n’étaient pas situés du «bon côté» de la Sarine.

Au final, notre classement contenait plus de 100 personnes disposant d’une fortune allant de 100 à 400 millions et, à l’autre extrémité, près de 150 milliardaires. Autrement dit, si nous avons une vision assez complète des milliardaires présents en Suisse, il n’en est rien en ce qui concerne les multimillionnaires. On peut d’ailleurs imaginer que si l’on veut suivre cette même logique jusqu’au bout, il faudra sans doute un jour ou l’autre fixer une entrée dans le classement des 300 plus riches de Suisse à 300, voire 400 millions de francs. Sauf, bien sûr, si de nombreux exilés fiscaux décidaient de repartir. Comme Jean-Philippe Buchs l’explique (page 42), le forfait fiscal coûtera plus cher dès 2021. D’ores et déjà, le flux régulier de nouvelles fortunes venant s’installer dans notre pays a baissé depuis 2012, passant de 5634 à 4557 en 2018.

Cette édition 2019 des 300 plus riches (la 20e publiée sous cette forme) présente en tout 144 milliardaires. Surtout, elle tente désormais d’attribuer un rang dans notre classement à ces personnalités. De quoi permettre de visualiser encore mieux les plus puissants de ce pays.

Un exercice de transparence assez sain pour la Suisse, à condition de ne pas verser dans le voyeurisme non plus. L’objectif de Bilan n’a jamais été de faire le jeu des extrêmes. En présentant ces quelques familles, nous ne faisons que continuer à suivre la bonne marche d’entreprises, que ce soit Hoffmann-La Roche, Chanel, la Banque Safra Sarasin, Kraft Heinz (lire à ce propos l’article en pages 48 et 49), Ikea ou encore C&A. Des entreprises pourvoyeuses d’emplois en Suisse et/ou ailleurs. Des compagnies qui paient des impôts et contribuent dès lors à la bonne marche de nos sociétés.

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