RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Facilité et double discours

Pourquoi ne pas envisager de changer le système au moins pour les personnes arrivant sur le marché du travail?

Il serait temps d’arrêter de nous livrer un double discours. Je fais référence, par exemple, à celui des milieux patronaux qui plaident pour un relèvement de l’âge de la retraite, alors que, dans le même temps, de nombreuses entreprises membres de ces organismes continuent de licencier leurs collaboratrices et collaborateurs de plus de 50 ans. C’est un peu comme si un élu politique s’opposant au tourisme d’achat était pris en flagrant délit en train d’aller faire ses courses dans un pays voisin. Une bonne partie de la population peut comprendre la nécessité qu’il y a à adapter l’âge de départ à la retraite à l’allongement de la durée de vie.

Les chiffres sont parlants: l’espérance de vie ayant fortement augmenté et la natalité ayant chuté, il va devenir très problématique de faire reposer l’ensemble du système de la prévoyance professionnelle sur les jeunes actifs. Quitte à opter pour davantage de souplesse, afin que ceux qui exercent les métiers les plus fatigants, par exemple dans le secteur de la construction, puissent bénéficier d’une retraite plus tôt sans être pénalisés.

Pas d’assises de la formation

A côté de cette problématique, il y a aussi le discours sur la «pénurie de main-d’œuvre qualifiée». Ce dernier tient même d’une sorte de mantra, tant cela revient sans cesse. La Suisse risquerait de se retrouver en manque flagrant de personnes maîtrisant certaines compétences et ce, à un horizon relativement rapide.

Pourquoi dès lors, alors que cette pénurie est annoncée depuis des années, nos autorités n’ont-elles pas organisé des assises de la formation? Notre pays regorge de centres de formation, d’écoles et d’instituts divers dont le but premier est non seulement la formation de base (à tous les niveaux), mais aussi la formation continue.

Avec l’appui de la Confédération, chaque canton devrait délibérer sur les objectifs prioritaires pour
répondre aux besoins des employeurs (privés et publics), puis adopter des budgets en conséquence. Afin d’inciter les personnes à opter pour les formations les plus recherchées, on pourrait envisager des aides financières.

Parmi les professions les plus recherchées figurent les infirmières, les ingénieurs, les électriciens, les ferblantiers et les mécaniciens. Que font nos autorités pour encourager les personnes au chômage et les jeunes en formation à s’orienter vers ces secteurs? Voit-on des campagnes visant à rendre attractifs ces métiers sur les réseaux sociaux?

Il faut aller plus loin

En mai 2019, le Conseil fédéral proposait un train de mesures allant dans le bon sens, avec notamment l’instauration d’une rente transitoire pour les chômeurs en fin de droits de plus de 60 ans qui ne parviennent pas à retrouver un emploi malgré leurs efforts. Cette mesure ne suffira pas à résoudre l’ensemble des problèmes. Il est impératif de poursuivre cette réflexion capitale afin de trouver des mesures visant à décourager les employeurs à se débarrasser des plus de 50 ans pour les remplacer par des collaborateurs plus jeunes.

Une piste majeure avait été clairement identifiée, avant d’être malheureusement abandonnée: un certain lissage des charges sociales entre les travailleurs de plus de 30 ans et ceux jusqu’à 65 ans. Pourquoi ne pas oser rouvrir le dossier? Pourquoi ne pas envisager de changer le système au moins pour les personnes arrivant sur le marché du travail?

Il semble malheureusement plus simple pour certains de parvenir à percer des tunnels dans nos montagnes…

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."