RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Des inégalités touchent aussi les petits patrons

La crise a mis en lumière un phénomène de paupérisation de certains entrepreneurs, qui cotisent à l’assurance chômage sans pouvoir prétendre ensuite toucher des indemnités.

Il existe de nombreuses inégalités, en Suisse comme ailleurs. La plupart sont connues, car la nécessité de les combattre est souvent inscrite dans les programmes politiques des formations de gauche. D’autres touchent des catégories de travailleurs systématiquement «oubliées» par les partis traditionnels. On pense à l’absurdité qui pousse un couple marié à divorcer avant d’atteindre l’âge de la retraite pour récupérer du pouvoir d’achat (mon éditorial du Bilan de mars dernier). Parmi les autres inégalités qui ne semblent pas préoccuper nos élus: le fait que lorsque l’on est patron, on doive cotiser à l’assurance chômage, mais sans pouvoir prétendre ensuite toucher des indemnités si l’on se retrouve en difficulté.

Certains répliqueront que les travailleurs indépendants n’ont pas l’obligation de cotiser. Certes, mais il y a aussi des dizaines de milliers de petits patrons qui dirigent leur propre structure et n’ont d’autre choix que de devoir cotiser «pour les autres». Normal? L’actuelle crise du coronavirus a mis en lumière un phénomène de paupérisation de ce type de petits patrons. Pensez au patron d’un restaurant, d’une agence de voyages, d’un fitness ou d’une salle de spectacle. Ces personnes ont dû injecter 1,1% (ou 2,2% avec la part employeur) de leur revenu dans les caisses de l’assurance chômage, sans pouvoir en bénéficier.

L’exclusion partielle du droit aux prestations de l’assurance chômage pour les patrons ne date pas d’hier. Comme l’avait rappelé un article de notre confrère Le Temps l’an dernier, elle résulte notamment d’un arrêté du Tribunal fédéral qui, en 1997, désavoua un architecte schwytzois qui s’était «licencié» de son entreprise et prétendait à l’assurance chômage.

Une situation choquante

Le législatif suisse serait bien avisé de réfléchir aux injustices mises en exergue depuis mars 2020. La situation actuelle n’est pas satisfaisante. Elle est même choquante. Si au moins ces petits patrons pouvaient décider librement de cotiser ou non à l’assurance chômage. Mais, étant donné qu’ils n’ont pas le choix, on devrait leur donner accès à un minimum vital, tenant compte de ce qu’ils ont cotisé pendant les deux dernières années. A fortiori, il n’est pas admissible que sous prétexte de vouloir lutter contre une épidémie, l’Etat provoque des dégâts sans se soucier d’en atténuer les conséquences. La Suisse est un pays riche. Elle doit pouvoir s’offrir le risque qu’il y ait quelques abus, tout en garantissant à la majorité des honnêtes gens (qui n’ont cessé de travailler et de payer impôts, taxes et cotisations diverses) l’accès à certaines aides sociales.

Même en dehors de cette période critique liée à la crise sanitaire – on n’ose parler de pandémie du fait que la surmortalité ne semble pas avoir été si significative que cela –, il serait judicieux que le Parlement fédéral empoigne cette inégalité. Mais, à moins du lancement d’une initiative populaire, rien ne bougera. Chaque parti a sa logique propre et se soucier de ce que pense la population ne semble pas digne d’intérêt aux yeux des élites concernées. L’excellent score de Pierre Maudet à Genève (un électeur sur trois a voté pour lui au second tour, alors qu’aucun parti ne le soutenait) prouve une fois encore cette déconnexion. Sans doute faudrait-il mener des sondages d’opinion, avec des questions ouvertes, auprès de la population, puis que certaines instances daignent s’en emparer, pour qu’enfin cela évolue. On peut rêver.

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