RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Complexité et mauvaise foi

La population ne s’est pas complètement trompée, même si la peur des rétorsions européennes l’a emporté

La démocratie est un exercice délicat. Les votations du 27 septembre l’ont encore prouvé. Premier écueil: les intitulés des objets soumis au vote. Il devient toujours plus compliqué de comprendre sur quoi l’on vote. Les chancelleries devraient peser de tout leur poids pour modifier ces intitulés afin de les rendre plus clairs. Il en va du bon fonctionnement de notre système démocratique.

Ensuite, faute de comprendre ce qui est proposé, le citoyen craque et finit par regarder ce que recommandent les partis politiques. Or là, on frise carrément la mauvaise foi. Par exemple, quand la gauche parle de «cadeaux aux familles les plus aisées» à propos des déductions fiscales pour les enfants. Apparemment fâché avec les chiffres, le PS a affirmé haut et fort que «près de la moitié des familles n’en profiteront pas parce qu’elles ne paient pas d’impôt fédéral direct». En réalité, le chiffre officiel est «d’un peu plus de 40%» des familles. Un détail…

Autre exemple de mauvaise foi, lorsque certains ont mis en avant l’impossibilité de faire face à une pandémie si l’initiative de limitation était acceptée. Or, cette initiative n’a jamais demandé la fermeture des frontières, juste de reprendre le contrôle de notre immigration. Rappelons que le personnel frontalier venait déjà travailler en Suisse avant les Accords de Schengen. Même si la peur des rétorsions européennes l’a emporté, la population ne s’y est pas complètement trompée. Prenons les exemples genevois et vaudois. Tout d’abord sur Genève, cette initiative, portée par la seule UDC, a été acceptée par 31,02% des votants, or, lors des dernières élections (Conseil national d’octobre 2019), ce parti n’y avait recueilli que 12,87% des voix. Et lors des élections au Grand Conseil (15 avril 2018), le score de l’UDC était encore plus faible: 7,32%. Quant au canton de Vaud, l’initiative de limitation a été acceptée par 29,07% des votants. Pourtant dans ce canton, l’UDC a obtenu 14,98% des bulletins en octobre 2019 (élections du Conseil national) et même moins en avril 2017 (élections au Grand Conseil) avec 13,34%. La démonstration est identique dans les autres cantons romands. Au final, les commentateurs voient ce qui les arrange.

La déduction pour la garde des enfants restera plafonnée à 10 100 fr., exactement le même montant que les cotisations et versements en faveur d’un parti politique! Un véritable scandale. Notre démocratie est dans les mains des stratèges des partis politiques. Néanmoins, à force de rester sourds à une accumulation de frustrations, même la Suisse ne pourra rester indéfiniment à l’abri de mouvements et de partis «populistes».

Jeu dangereux

Une fois les résultats connus, le Parti socialiste a claironné à propos du refus des déductions fiscales pour les familles soi-disant aisées (au lieu de parler simplement de la classe moyenne payant la plus grande part des impôts). Or, ce combat contre-productif n’a été remporté que grâce à une partie de l’électorat de droite qui craignait l’impact sur les finances publiques à la fois d’un oui aux déductions fiscales et au congé paternité. Ces partis prétendent tous défendre la classe moyenne… Il y a de quoi rire jaune.

En fin de compte, les résultats de ces dernières votations ne vont pas permettre de limiter l’attractivité des emplois en Suisse pour les travailleurs des pays voisins. La classe moyenne payant des impôts continuera de voir son pouvoir d’achat fondre, d’autant que la pression sur les salaires ne va pas aller en diminuant. Mais sans doute est-ce l’objectif visé par la gauche: une paupérisation de la classe moyenne afin de renforcer son électorat… Un jeu dangereux car, au final, ces déçus pourraient préférer voter pour un mouvement populiste.

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