RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

Au nom de notre santé

Au nom de notre santé

Désolé de vous parler encore de ce satané coronavirus. Néanmoins, mon intention n’est ni de féliciter nos autorités ni de leur faire la leçon. Je veux vous faire partager mon inquiétude quant à l’avenir de nos libertés.

En effet, autant je pouvais comprendre le semi-confinement que le Conseil fédéral avait décrété pour limiter la propagation du Covid-19, autant je suis sur les pattes arrière avec l’application de traçage SwissCovid. Celle-ci doit permettre d’informer son utilisateur sur son exposition potentielle au coronavirus. Cela part, une fois de plus, d’un bon sentiment, «sauvegarder notre santé». Certes, cette application se fera, pour l’instant du moins, sur une base volontaire et les données personnelles des utilisateurs ne seront pas centralisées. C’est du moins la promesse que l’on nous fait. Admettons.

Ce que je crains surtout, c’est la suite. Car il y en aura. Après le Covid-19, ce sera la sortie (pas seulement en salle…) de Covid-20, etc. Combien de temps notre vieille démocratie parviendra-t-elle à sauvegarder ses valeurs clés? Combien de temps pourrons-nous choisir de télécharger ou non telle ou telle version d’une application telle que SwissCovid?

Certes, je me projette dans le futur, mais un futur très probable, rien à voir avec un film de science-fiction. La Suisse et la planète tout entière auront à faire face à un défi majeur: jusqu’où serons-nous prêts à aller pour sauver des vies? De nombreuses libertés risquent de faire les frais de cette politique qui met la santé sur la première marche du podium. Nous venons de l’expérimenter, certains plus durement que d’autres. Pensez aux petits patrons et aux indépendants qui doivent désormais se battre pour éviter la faillite et la perte de leurs économies parce que l’Etat a décidé que c’était mieux ainsi. On en viendrait presque à regretter que la Suisse n’ait pas opté pour la solution suédoise. A ce propos, vous aurez sans doute remarqué que les médias ont cessé de s’intéresser à la Suède dès que les statistiques ont indiqué que la catastrophe ne s’y était pas produite, quand bien même son taux de décès par habitant est très élevé.

Combien de coronavirus faudra-t-il pour que notre société cède? Ne faut-il pas plutôt miser sur la responsabilisation des individus? A partir du moment où les autorités portent à notre connaissance qu’un dangereux virus se balade, il est de notre responsabilité individuelle de décider de notre façon de nous protéger. Chaque entité, que ce soit un individu, une entreprise ou une institution publique devrait assumer ses actes et ses non-actes. Que l’Etat pose un cadre global est assez logique, mais ce cadre ne doit pas mettre en péril d’autres valeurs centrales de notre civilisation. Si un patron avait décidé de laisser son commerce ouvert en demandant à sa clientèle de porter un masque de protection une fois à l’intérieur, cette solution ne m’aurait pas choqué.

Des limites indispensables

A l’avenir, une fois la pandémie actuelle vaincue, il conviendra de décider des bonnes limites à fixer pour la prochaine épidémie. Par exemple, en matière de déconfinement progressif, il s’agira d’éviter les inégalités crasses, comme entre un camping et un hôtel, ou entre un musée et un zoo. Surtout, il faudra être très vigilant au suivi des données récoltées via SwissCovid et à leur future élimination. Une commission ad hoc, comportant par exemple des experts de la Fédération romande des consommateurs, devrait d’ores et déjà être mise sur pied. L’avenir de nos libertés est à ce prix.

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