RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Alors ce Brexit?

Le taux de chômage britannique est retombé à 3,8%, soit le plus bas depuis 45 ans

Ainsi donc, après être entré dans le Marché commun en 1973, le Royaume-Uni est finalement sorti de l’Union européenne au 31 janvier 2020. Et donc? Alors que la quasi-totalité des observateurs hurlaient à la catastrophe annoncée en cas de sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, il n’en a rien été. Pour l’heure, c’est plutôt le coronavirus qui provoque des sueurs froides. Certes, un certain nombre de sociétés ont déplacé toutes ou partie de leurs activités aux Pays-Bas, à Paris ou à Francfort, entre autres. Citons, par exemple, HSBC qui a déplacé 1000 emplois à Paris, ou les sièges européens de Sony et Panasonic, ou encore ceux des asiatiques Woori, Nomura et Daiwa. Il n’empêche que la résilience de l’économie britannique a été clairement sous-estimée. La preuve? Le taux de chômage est retombé à 3,8%, soit le plus bas depuis 45 ans! Idem avec les prix de l’immobilier. Certes les prix stagnaient à Londres depuis que régnait l’incertitude sur le Brexit, mais à un niveau historiquement très élevé, toujours plus élevé qu’à Paris ou Genève, par exemple. Désormais, l’immobilier britannique reprend des forces.

Améliorer la compétitivité fiscale

Il semble qu’aux yeux des Asiatiques, mais pas seulement, la sortie de l’Union européenne est plutôt bien perçue. La sixième plus importante économie au monde pourrait même regagner certains atouts. Ainsi, le gouvernement de Boris Johnson a d’ores et déjà prévenu qu’il entendait améliorer sa compétitivité fiscale, n’en déplaise à son voisin l’Irlande, lequel n’a pas toujours les mains libres. Loin d’être affaibli, et en parallèle aux multiples négociations bilatérales du gouvernement de Boris Johnson, le projet de ligne de train à grande vitesse HS2 devrait désormais pouvoir aller de l’avant. Même si l’achèvement de la ligne reliant Londres à Birmingham a été reporté de 2028 à 2031.

Ces signes plutôt rassurants de la part de l’économie britannique ont de quoi renforcer les arguments de ceux qui plaident en faveur de davantage de souveraineté. A ce propos, personne n’oublie que la population suisse décidera ce printemps si elle entend pouvoir à nouveau maîtriser son immigration. Dans ce contexte très tendu, ce qui se passe outre-Manche est suivi de très près ici. Deux constats, d’une part le produit intérieur brut de notre pays ne représente que 25% de celui du Royaume-Uni. D’autre part, l’Union européenne à 27 (sans le Royaume-Uni) représente encore environ 56% de nos échanges commerciaux. Autrement dit, il est impossible d’affirmer que la Suisse ne souffrirait pas de la dénonciation des Accords de Schengen et des mesures de rétorsion que nos chers «amis» ne manqueraient pas de prendre à notre égard.

Cependant, il est tout aussi impossible de connaître l’impact réel que cela aurait à moyen terme sur notre économie. Une chose est sûre: Il se peut que l’usage d’un discours catastrophiste, couplé à une campagne très agressive parviennent à décrocher un «oui» dans les urnes le 17 mai. Néanmoins, si les milieux qui aujourd’hui se battent pour s’assurer que la population soit «raisonnable» se font des frayeurs, c’est parce qu’ils ont préféré user du bâton plutôt que de la carotte. Gageons que la population suisse aurait apprécié voir nos dirigeants prendre des mesures en faveur d’une restauration du pouvoir d’achat. Ceux qui voteront «oui» le 17 mai veulent aussi faire passer ce message. Se montrer toujours raisonnable est épuisant à la fin. Quoi qu’il advienne en mai, le patronat ferait bien de s’en souvenir.

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