Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

SCULPTURE / Rome ose une exposition Michel-Ange

Le 18 février 1564 mourait Michel-Ange à Rome. Il devait fêter quelques jours plus tard ses 89 ans. Un âge considérable pour l'époque. Une semaine avant, il sculptait encore. Ce sont les romantiques, ces adorateurs du malheur, qui ont imaginé un vieillard, devenu aveugle, caressant une dernière fois les marbres des statues antiques. Aux côtés de l'artiste, dont le caractère restait inflexible en dépit des années, se tenaient en fait quelques proches, dont le fidèle Tommaso di Cavalieri. La passion amoureuse du Toscan depuis 1532. 

Qui allait monter cet année l'impossible exposition Michel-Ange? Rome ou Florence? Ce sont finalement les Musei Capitolini de la Ville éternelle qui s'y sont collés. Je dirais plutôt englués. Il aura fallu plusieurs commissaires pour aboutir à une entreprise un peu vaine. Il était clair dès le départ que les prêts des rares œuvres mobile du maître seraient quasi impossibles à obtenir. Le Bargello et la Casa Buonarotti de Florence, cette maison-temple dédiée par Michel-Ange le Jeune au début du XVIIe siècle à son oncle, ont assuré un service minimum. Une statue chacun. "La Madone à l'escalier", taillée vers 1470 par un débutant de 15 ans, et le "Brutus", laissé comme tant d'autres réalisations inachevé, ont accompli seuls le voyage.

Une découverte récente sur l'affiche 

En vedette, sur l'affiche, il y a cependant le "Rédempteur" des années 1515. Un nu intégral. Il s'agit d'une première version du marbre ornant aujourd'hui, à Rome, l'église Santa Maria sopra Minerva, qui a fini, lui, par se voir recouvert d'un pudique slip de bronze doré. L’œuvre a été retrouvée en 2000 au monastère de San Vicenzo Martire de Bassano Romano, près de Viterbe. On savait par des lettres d'époque que Michel-Ange avait abandonné la statue ébauchée, après avoir découvert une veine grise traversant le visage du Christ. Le marbre était resté dans son atelier. On ignore en revanche comment il a abouti au couvent, ni surtout qui l'a terminé au XVIIe siècle. Un excellent praticien en tout cas, même si le résultat se révèle d'une beauté froide. 

Toujours est-il que le "Rédempteur" peut jouer les stars. Si des chercheurs pointus, mais imprudents, découvrent chaque année un nouveau Michel-Ange (Frederick Hartt et Charles de Tolnay se sont ainsi ridiculisés), c'est le seul ajout récent admis par presque tous à un corpus finalement restreint. L'énorme chose, qui doit peser des tonnes, se retrouve donc face au public quand il a gravi les escaliers menant à la gigantesque salle du Capitole, décorées de fresques vers 1600 par le Chevalier d'Arpin.

Un incompréhensible dédale 

L'apparition rassure. Le parcours tient en effet du dédale. Tout commence mal. Dans la cour du palais se trouve un moulage du "David", qui a bien l'air d'être en plastique. Il y aura ainsi d'autres horreurs, le long du chemin. Une mention spéciale doit être faire aux plafonds de la Sixtine décomposé en une suite de bas-reliefs en couleurs. Le goût n'apparaît pas ici l'élément dominant. 

Le plus ennuyeux reste cependant que le visiteur risque de manquer l'essentiel. Composés de deux palais reliés par une crypte antique, les Musei Capitolini comportent de nombreux étage et demi étages. Tout est mal balisé. J'ai ainsi traversé par erreur la cafétéria. Une chance. J'ignorais qu'elle se prolongeait par deux terrasses offrant une vue stupéfiante sur Rome. S'il prend un autre chemin, le public peut finir en bas, dans l'extraordinaire hall vitré mettant en valeur les substructures colossales d'un temple très ancien et la statue équestre de Marc-Aurèle en bronze (celle de la place est une copie, et cela se voit). Ou alors, il atterrira dans la pinacothèque (Caravage, Le Guerchin, Piero da Cortona...) laissée presque à l'abandon.

Une superbe suite de dessins 

En regardant un vague fléchage au moment opportun, le curieux découvrira pourtant que l'essentiel de l'exposition se trouve sous les toits. Outre de petits crucifix attribués au maître, il y a certes là d'affreux tableaux représentant des gens qu'a connu Michel-Ange. Mais les murs recèlent surtout une magnifique série de dessins sortant rarement de leurs boîtes. Les études d'architecture sont d'un côté. Celles pour les fresques de l'autre. Une place se voit laissée aux manuscrits. On sait que Michel-Ange fut aussi poète. Notez qu'on l'ignorait en 1564. Les sonnets et madrigaux ne se virent édités qu'en 1623, grâce à ce gardien de la flamme qu'était Michel-Ange le Jeune. 

Reste bien sûr à parcourir ensuite la ville. Aucun problème pour accéder à Santa Maria sopra Miverva. Pour le Vatican, les choses se révèlent presque impossibles. Avec les Offices de Florence et Pompéi, c'est le lieu le plus bouchonné d'Italie. Mieux vaut sans doute regarder le Palais Farnèse, complété par Michel-Ange, ou se promener sur la place du Capitole, juste devant le musée. C'est le chef-d’œuvre urbanistique du Toscan, qui devait "moderniser" là un ensemble de bâtiment du Moyen Age pour le moins disparates.

Pratique 

"1564-2014, Michelangelo", Musei Capitolini, piazza del Campidoglio, Rome, jusqu'au 14 septembre. site www.museicapitolini.org Ouvert du mardi au dimanche de 9h à 20h La visite complète des musées prend une bonne demi journée. Photo (DR): L'affiche, avec le "Rédempteur" nu.

Prochaine chronique le samedi 16 août. Le texte, reporté, sur l'exposition parisienne consacrée à la mode française des années 1947-1957.

 

 

 

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