Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

SCULPTURE/Mort de Robert Indiana, l'homme de "LOVE", à 89 ans

Crédits: AP

Communiquée avec quelques jours de retard, l'annonce de sa mort le 19 mai se voit bien sûr éclipsée par celle de Philip Roth, géant (un peu auto-proclamé) des lettres américaines. Il faudrait pouvoir programmer son départ. Robert Indiana avait de plus déjà disparu derrière la plus célèbre de ses œuvres. C'était l'homme du fameux «LOVE», la sculpture déclinée dans toutes les tailles et toutes les couleurs. Couleurs pop, évidemment. Ce symbole libérateur de années 1960 («peace and love») avait été traduit en trois dimensions dès 1970 dans un parc de Philadelphie après avoir fait l'objet de pièces graphiques et de tableaux. 

Robert Clark était né dans l'Indiana en 1928. Incorporé très jeune dans l'US Air Force, il était entré à sa démobilisation à l'Art Institute de Chicago, qui constitue aussi une école. Après son diplôme, il avait passé en Europe quelques mois avant de revenir aux Etats-Unis. Ce voyageur formateur semblait alors encore indispensable. L'homme était revenu en 1954, s'installant à New York où il côtoyé Ellsworth Kelly, qui revenait de Paris, et Cy Twombly, en partance pour Rome. Les ambitions d'Indiana étaient moins intellectuelles que celles de ses deux nouveaux amis. Il se retrouva ainsi embrigadé dans ce qui allait devenir le pop art, participant à l'exposition fondatrice «New Realisms» de 1962.

"Succès dommageable" 

La grand «LOVE» a fait de lui un artiste populaire. Pour son malheur, écrit aujourd'hui «Le Figaro» qui parle de «succès dommageable». D'abord, l'homme n'a jamais été vraiment connu pour autre chose. Ce succès lui à en plus échappé. Il s'est fait d'innombrables appropriations, l’idée se révélant légalement mal protégée. Aigri, Indiana a quitté New York en 1978 pour l'île de Vinalhaven, dans le Maine. Il n'en est quasi plus sorti. Ayant abandonné la peinture dès 1979, l'artiste s'y consacrait à la sculpture, créant d'énormes totems à partir de troncs de bois. Ceux-ci sont restés confidentiels en dépit de leur taille. J'avoue n'en avoir jamais vu un pour de vrai. 

Indiana était sorti de sa retraite au moment de la campagne présidentielle de Barrack Obama en 2004. Il avait alors transformé «LOVE» en «HOPE». C'était bien intentionné, mais un peu léger comme retour. Son œuvre artistique figurait peu dans les institutions, rebutées par la popularité d'une image vulgarisée à l'extrême. Warhol s'en est mieux tiré avec ses «Marilyn» à répétition, elles aussi copiées partout et n'importe comment. L'artiste vivait du coup toujours plus retiré, ne gardant contact qu'avec quelques proches. C'est à Vinalhaven qu'il s'est éteint. Il avait donc 89 ans.

Photo (AP): Robert Indiana avec "HOPE" en 2004.

Texte intercalaire.

 

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