Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

SCULPTURE/Bex & Arts se déploiera dès le 4 juin sous le signe de l'énergie

Crédits: Larent de Pury, Bex & Arts

La vue sur les Alpes reste toujours aussi belle. Une carte postale, avec juste ce qu'il faut de réalité augmentée pour faire plus moderne. Au dessus de Bex, le Domaine de Szilassy tient du belvédère. Les parc offre en prime ses grands arbres, un peu ensauvagés, avec des troncs savamment tordus. De véritables sculptures en eux-mêmes. Les fleurs dans l'herbe non coupée (il faudra cependant créer des cheminements d'ici l'ouverture le 4 juin) font redécouvrir des variétés à l'ancienne. Des ancolies. Des boutons d'or. Des scabieuses. Des esparcettes. Le temps semble s'être arrêté, et pas seulement parce que les donateurs sont enterrés dans un coin. Il y a même un pavillon de chasse pour faire oublier que la maison de maître a subi il y a quelques années une rénovation (avec surélévation) que je qualifierais d'abusive. 

Dès le 4 juin donc, Bex & Arts, la triennale de la sculpture suisse, ouvrira son portail au public. Tout tourne autour d'un thème donné, «L'énergie». Bombardée directrice artistique, Catherine Bolle a opté pour un parti-pris à la fois respectueux et minimal. Il y a nettement moins d’œuvres à prendre place sur le terrain en pente (prévoyez de bonnes chaussures). Une trentaine d'installation seulement, alors que, sous les règnes précédents, on était arrivé à en agglutiner jusqu'à quatre-vingts, au mépris de leur visibilité. Un heureux bémol se voit mis sur la couleur. Les pièces s'intègrent du coup au paysage. Certaines interventions se font si discrètes qu'elles en deviennent presque invisibles. Que restera-t-il, au mois d'octobre, des trous creusés dans la terre comme des terriers par Mirko Balsegia? Et comment imaginer que les trois vasques de Daniel Schaepfer, où tombent des arbres des gouttes d'eau, n'ont pas toujours été là?

Une vraie promenade 

L'ensemble des contributions (sauf une) était déjà en place lors de notre visite le 15 mai, sous un soleil plus que printanier. Catherine Bolle, qui propose elle-même en toute discrétion une œuvre faite de plaques de verre transparent et opaque, aux allures de glace, n'a pas voulu des affolements de dernière minute. Chaque chose devait avoir le temps de trouver sa place, de la sculpture de bois blanc du créateur de meubles Yves Boucard à l'enchevêtrement de tiges imaginé par Laurent de Pury. S'il est facile de reconnaître le style de ce dernier, comme l'abstraction géométrique de David Bill (le petit-fils de Max), il y a tout de même de relatives surprises. Star de Bex & Arts, Olivier Estoppey propose cette fois un vol d'oiseaux en fils de fer. Nicole Dufour plante une immense aiguille métallique dans le sol. Etienne Krähenbühl propose un mur rouillé à la Richard Serra vibrant sous la pression du vent, non loin de pieux carrés, avec des parties en résine colorée, fichés en terre par Chantal Carrel. 

L'ensemble invite à la promenade. A l'évasion. A la rêverie (même si tous les promeneurs ne sont pas des solitaires). A côté des sculptures sonores, qui ont depuis longtemps trouvé leur place à Bex, le visiteur entend le vrai chant des oiseaux. Les feuilles et les foins dégagent des odeurs authentiques. Il reste permis de toucher ce qui n'est pas ouvertement exposé. Les herbes. Les feuilles. La terre, pourquoi pas... Un chalet dispense des rafraîchissements. S'il y a ici partout des énergies, comme le veut le titre général, elles se révèlent positives. Tout s'harmonise. Tout se fond. Rien ne se heurte. Rien ne s'annule. Cette édition a pourtant bien failli ne pas avoir lieu. Je me fait raconter la chose par Catherine Bolle. La suite se trouve une case plus bas dans le déroulé de cette chronique.

Pratique

«L'énergie», Bex & Arts, Domaine de Szilassy (on y va à pieds, c'est un peu loin de la gare), du 4 juin au 15 octobre. Site www.bexarts.ch Ouvert tous les jours de 10h à 19h.

Photo (Bex & Arts): L'enchevêtrement de bois caractérisque de Laurent de Pury.

Cet article est suivi par l'ententetien avec Catherine Bolle.

Prochaine chronique le mardi 30 mai. Le Musée d'Art moderne de la Ville de Paris propose Karel Appel. On l'avait un peu oublié, celui-là...

 

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