Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Savoir se raconter ou l'éloge du récit

A l’ère de Twitter et des citations brèves, nous sommes devenus nostalgiques et désireux du récit et de son temps long. De la Grèce antique aux « pavés » de nos librairies, le lecteur a toujours aimé se plonger dans des histoires narratives le tenant en haleine. 

Si le récit est la forme ancestrale de transmission des savoirs entre les hommes, il est également ce qui donne sens à la société. Pour comprendre les actes terroristes du 13 novembre à Paris ou les enjeux de la COP21, nous avons besoin d’en comprendre les faits, les déroulements, les séquences et les conséquences, et de nous plonger dans des récits narratifs qui mettent ces sujets en perspective. Et à l’ère de l’open data, le récit reste un outil indispensable pour établir les liens et donner du sens à nos vies.  

Le récit est l’art du storytelling. La communication étant l’art de la séduction, il semble évident que de savoir raconter une histoire apparaît comme l’art suprême de la communication. Comme le souligne le philosophe Michel Meyer, « la rhétorique connaît aujourd’hui un regain considérable car nous vivons dans une société de communication où les individus s’expriment, débattent, doivent plaire, séduire et convaincre ».

En effet, une société ou une entreprise ne cesse de se raconter au travers de son histoire, ses convictions, ses héros, ses fondateurs, ses responsables, ses services et ses produits. Se raconter permet de se définir, de renforcer son identité et d’asseoir sa culture. Comme l’a démontré Paul Ricoeur, l’auto-narration est constitutive de l’identité : il en va de l’individu comme du chef d’entreprise, de l’homme politique ou de toute organisation. Plus on se raconte, plus on se dévoile.  Et plus on se révèle aux yeux du public, plus on peut créer un lien affectif avec lui. Le psychanalyste Bruno Bettelheim a bien souligné que nous avons tous besoin de donner du sens à notre vie, et que c’est le but des contes et des mythes de répondre à ce désir de sens.

Un élément important du storytelling est la concision. L’importance de la concision et de la précision du message provient notamment de trois aspects de la société contemporaine, à savoir la consommation, l’immédiateté et l’accélération du temps. Savoir raconter ou rédiger une histoire est tout un art, et demande de se concentrer sur les messages-clés, sur le choix des mots, et sur des tournures de phrases à la fois parlantes et harmonieuses. 

Il faut plusieurs éléments identificateurs pour construire un récit :

- tout d’abord des héros, c’est-à-dire des personnages dont le comportement parle aux membres de la culture ;

- ensuite des symboles, comme les mots, les gestes et les images qui sont interprétés uniquement par les membres de l’organisation concernée ou par les citoyens d’une société ;

- par ailleurs, il faut des rituels qui représentent les activités collectives avec un but final commun ;

- enfin, des valeurs qui forgent l’identité commune. 

L’ensemble de ces éléments participent à la construction et à la consolidation d’une identité collective. Dans les temps incertains que nous vivons, nous avons plus que jamais besoin de récits rassembleurs et de visions mobilisatrices pour continuer de croire en une société apaisée et réellement humanisée.

 

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