FONDATEUR DE JSBG.ME

Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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Sapé comme un pape

Attention, cette chronique ne contient pas de cheval. Par contre, elle combine deux autres actualités du moment : en pleine période des fashion weeks et suite à la démission de Benoît XVI, voici un petit précis de mode papale. Qui habille le pape et à quel prix? Non, contrairement à ce que la logique pourrait laisser croire, ce n'est pas Christian Lacroix qui gère la Sainte garde-robe.

Depuis 1965 et le concile Vatican II lors duquel les normes actuelles des cérémonies catholiques avaient été définies en allégeant quelque peu les lourdeurs de la liturgie, les papes de la fin du XXème siècle adoptèrent des coupes plus modernes et plus simples pour leurs atours. Paul VI (1963-1978) s'était fait faire des chasubles dessinées par le peintre Matisse. Jean-Paul II, qui lui privilégiait avant tout le côté pratique en préférant des tuniques en matières moins nobles mais moins lourdes, dont le lurex (un fil textile en polyester), n'avait pas hésité à faire appel au couturier français Jean-Charles de Castelbajac

Avant de devenir pape, le cardinal Ratzinger ne prêtait que très peu d'attention à son style. Pendant le conclave qui l'a vu être élu il était par exemple vêtu d'un vieux pull-over sous sa soutane alors que les autres cardinaux étaient parés de chemises lourdement amidonnées, boutons de manchettes itou, au cas où… Paradoxalement, dès son arrivée sur le trône de Pierre (qui est en bois), Benoît XVI s'est empressé de marquer un retour à la tradition, en ressortant des placards des pièces tombées en désuétude depuis belle lurette.

Lors de ses premières sorties en tant que pape, il a défrayé la chronique en se chaussant de souliers rouges que l'on disait commandés chez Prada, ce qui lui valut d'être nommé par le magazine américain Esquire le premier pape fashionista. La rumeur s'est par la suite révélée fausse, les "Papa Ratzi" ayant été mal informés. Les souveraines pantoufles avaient en fait été livrées au souverain pontife par Adriano Stefanelli, un cordonnier établi à Novara. Depuis, tout le monde sait que Prada est la marque de prédilection du Diable.

D'ailleurs, alors qu'il achetait ses habits de cardinal chez Raniero Mancinelli, Joseph Ratzinger a immédiatement changé de tailleur en s'adressant au fournisseur habituel des papes depuis 1798, la maison Gammarelli. Première commande passée par le pape fraîchement élu: doter toutes ses chemises de 33 boutons, un par année de vie du Christ.  L'ambiance était donnée. Le choix des couleurs des vêtements a lui été défini en fonction des célébrations: le blanc pour les fêtes joyeuses, le violet ou le noir pour les fêtes douloureuses, le rouge pour les martyrs et le vert pour le quotidien. 

En ce qui concerne les couvre-chefs, Benoît XVI aura là aussi marqué les esprits: lors de sa première audience sur la place Saint-Pierre il était affublé du «galero» un chapeau pontifical datant du XIVème siècle aux larges bords façon Stetson. Il est même allé jusqu'à ressortir la mitre lourdement brodée d'images en fil d'or de Pie IX (1846-1878) ainsi que le «camauro», un bonnet d'hiver en velours rouge bordé d’hermine oublié depuis le Moyen-Âge (ce qui d'ailleurs lui valut de nombreuses remontrances de la part des sociétés protectrices des animaux). Par contre, il n'a pas pour autant tourné le dos à la simple calotte blanche dont Jean-Paul II était coutumier. Le vent la projetant souvent dans les airs, son entourage lui en tient toujours un stock à disposition.   

Fait édifiant sur sa personnalité, Joseph Ratzinger a gardé les mêmes goûts simples lorsqu'il n'est pas en représentation: chassures Geox, casquette de baseball blanche et… iPod vissé aux oreilles. Dans sa playlist: des podcasts de Radio Vatican et des cantates de Jean-Sébastien Bach. 

Le secret du coût d'une telle garde-robe est jalousement gardé. Lorsqu'elle est interrogée à ce sujet, la maison Gamarelli répond que les habits papaux "n'ont pas de prix." Tout juste sait-on que les chaussettes rouges de Benoît XVI coûtent € 9,30 la paire (à laver à l'eau tiède, s'il vous plaît). 

- Jorge S. B. Guerreiro

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