<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Sale guerre économique

La guerre économique qui fait rage entre la Suisse et les Etats-Unis vient de faire ses premières victimes. Il ne s’agit pas cette fois-ci de puissantes banques malhonnêtes punies parce qu’elles auraient violé la loi mais de simples individus se retrouvant broyés par la pression que Washington met sur Berne. En avril, HSBC Suisse révélait avoir donné le nom de collaborateurs au gouvernement américain suite aux accords passés entre ce dernier et le Conseil fédéral. Après l’identité de leurs clients, les banques suisses jettent en pâture des listes d’employés qui ont parfois pour seul tort d’avoir répondu à un coup de fil d’un client basé outre-Atlantique. Ces salariés ont été touchés bien au-delà de ce que prévoit une mesure de restructuration ou un licenciement comme chacun d’entre nous peut s’y attendre dans sa vie professionnelle. A la guerre, il n’y a (presque) pas de règles et là, pour le gouvernement américain, il s’agit d’éliminer des individus considérés comme des intouchables de la finance et surtout un pays concurrent sur un marché stratégique.

Les employés des 11 banques suisses dont les noms ont été donnés par Berne à Washington ont été trompés. Ils pensaient être les citoyens d’un pays démocratique et souverain qui ne les abandonnerait pas à la colère d’un Etat tiers, fût-il la première puissance économique mondiale. Au final, des Suisses ne sont pas mieux traités que les ressortissants d’une république bananière auxquels l’Oncle Sam a décidé de donner une cuisante leçon. La Confédération aura bien du mal après cela à se battre contre l’image d’Etat faible organisé en paradis fiscal qui lui colle aux coffres. Chez HSBC Suisse, premier cas public à ce jour, ceux qui font partie de la short list remise au gouvernement américain ne pourront plus jamais se rendre aux Etats-Unis. Une interdiction de séjour à vie. Certains d’entre eux actuellement en recherche d’emploi se voient d’ores et déjà refuser des postes dans d’autres banques du fait de leur présence sur cette liste de la honte. Les établissements craignent que l’infection IRS (du nom du service des impôts aux USA) ne les atteigne et ne remonte jusqu’à eux. Quand on travaille dans la finance, ne plus pouvoir visiter le premier marché au monde et se voir fermer une à une les portes des institutions de la place de Genève correspond à une condamnation à mort professionnelle.

Que le gouvernement suisse n’ait pas compris à quelle lâcheté il s’abaissait laisse perplexe et révolte. L’insécurité juridique constitue le quotidien de la vie des affaires dans la finance depuis trois ans. Des patrons de grande banque comme Sergio Ermotti de UBS constatent que de nouvelles étapes ont été franchies et, qu’après les escarmouches diplomatiques, nous sommes désormais  en guerre économique. Pendant ce temps, Berne donne toutes les assurances, et bien au-delà, que la Suisse sera un partenaire docile prêt à sacrifier son secteur financier, sans aucune contrepartie, pour ne pas contrarier les Etats-Unis. La bataille n’aura pas lieu, nous l’avons déjà perdue.

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