Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

RUMEUR/Versailles aurait acquis sur le marché des meubles falsifiés

Crédits: DR

Versailles se retrouve-t-il en état de siège(s)? On pourrait le croire en lisant l'éditorial de Guy Boyer dans le "Connaissance des Arts" de juin 2016, qui vient de paraître. Quatre récentes acquisitions du château se voient aujourd'hui suspectées de falsification. Et le rédacteur en chef d'énumérer. Il y a des ployants de Foliot acquis en 2012 à un célèbre marchand parisien. La bergère de Madame Elisabeth (la sœur de Louis XVI) par Boulard achetée en vente publique il y a cinq ans. Une chaise de Jacob traitée de gré à gré chez Sotheby's en 2011. Quatre chaises de Delanois apparues sur le commerce en 2008 (1). 

Bien sûr, c'est fâcheux. Béatrix Saule, l'indéfectible directrice des musées de Versailles et de Trianon (elle va avoir 66 ans, mais garde toutes ses dents), nie tout en bloc. «Sur la foi des plus grands experts, le château considère que ces meubles sont bons, sauf preuve contraire.» Ce contraire semblerait pourtant très contrariant. Il remettrait en cause les spécialistes, les gens de musée et certains marchands, qui devraient, suivant le cours des choses, choisir entre plaider la malhonnêteté ou l'incompétence. Il mettrait aussi à dos de Versailles les mécènes ayant payé les factures, que l'on devine salées.

L'affaire Jean Lupu 

Encore au stade de rumeur dévastatrice (2), cette affaire survient après un coup de théâtre. En juin 2015, Jean Lupu, l'un des derniers grands galeristes spécialisé dans le meuble du XVIIIe hors de prix, fermait sa somptueuse boutique à deux pas de l'Eysée. Il était suspecté par l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels et par l'Office central pour la répression de la grande délinquance financière «d'avoir fait fabriquer des pièces à partir de bois anciens et de les avoir fait frapper avec des estampilles d'époque.» Le tout dans l'intention de les vendre, bien sûr. Il existe encore d'excellents artisans en France. La main ne s'est heureusement pas perdue. 

Ce qui étonne davantage, c'est qu'on falsifie en 2016 encore des meubles anciens. Les spécialistes ne cessent d'annoncer la mort clinique de ce secteur. Seulement voilà! Elle vaut pour les meubles moyens, même jolis. Je viens ainsi de voir partir à Genève Enchères une mignonne paire de chaises Louis XV d'époque pour 500 francs, le dixième du prix de 1960. Là, évidemment, aucun besoin d'alourdir l'offre pour un marché n'ayant plus de demande. Il n'en va pas de même pour les chefs-d’œuvre, surtout quand ils possèdent une supposée provenance royale. Il a longtemps subsisté pour eux la clientèle française. Puis sont venus les Russes. Il existe encore des Américains de province (très riches)... et les institutions.

Scandale dans la peinture 

Dans un autre genre analogue, on croyait aussi récemment que les grands faux en matière de peinture ancienne étaient terminés. Trop long et trop chers à produire. Et puis, il faut non seulement le talent pictural, mais des connaissances techniques, voire scientifiques. Toutes les époques n'ont pas utilisé le même rouge ou le même bleu. Mieux vaut s'attaquer à Rothko ou à Max Ernst. Or je vous ai raconté il y a peu que la police, toujours française, avait saisi un Cranach montré par le prince de Liechtenstein à Aix-en-Provence, lors d'une exposition. Sans incident diplomatique apparemment. Il s'agit pourtant là du bien d'un chef d'Etat étranger. 

On a appris depuis que le cas ne resterait pas isolé. Tout serait d'ailleurs raconté dans ce qui se présente comme un roman (3), prémonitoire ou trop bien renseigné, paru en juin 2015. Est apparu un Frans Hals qui se révélerait bien jeune pour un peintre mort en 1666. Et la National Gallery de Londres a dû décrocher de ses murs un "David" d'Orazio Gentileschi baroque sur pierre. Une ravissante peinture que le musée avait heureusement en seul prêt. Mais un tel prêt, suivant par qui il se voit consenti, «blanchit» l’œuvre qui s'est retrouvée ainsi adoubée... 

(1) Les noms des marchands figurent en toutes lettres dans l'article, d'où leur ire actuelle. Une colère dont m'a fait part Guy Boyer.
(2) On aimerait bien savoir qui a lancé le bruit et dans quelle intention. Ce genre d'histoire n'est jamais innocent.
(3) «Faussaire», de Jean-François Ferrillon, aux Editions l'Age d'Homme. 

Photo (DR): Détail de l'une des quatre chaises de Delanois, aujourd'hui suspectées à Versailles.

Texte intercalaire.

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