Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

RTS: Bye bye, Genève

Le Monde est à Paris, El Pais à Madrid et la NZZ à Zurich. C’est ainsi! Même dans le monde éclaté du numérique, les marques sont rattachées à un lieu, dont elles soulignent l’importance. Genève était le siège de la Télévision. Était! Le déménagement prévu de l’actualité à l’EPFL est un projet hautement politique et c’est à cette aune que la décision devra être prise. Imagine-t-on la ville du bout du lac se transformer en désert médiatique?

La logique de production digitale implique la concentration des rédactions. C’est une loi d’airain de ce «Nouveau-Monde»: la radio fait de la vidéo, la TV du texte et le print de l’audio. Les tuyaux se mélangent, les journalistes se regroupent, La Tribune de Genève déménage à Lausanne et les magazines de RTS ne résisteront pas longtemps à cette lame de fond. 

Tout est donc logique dans ce projet, sauf que la Suisse n’est pas un pays logique! Sauf que la Suisse est un savant équilibre d’intérêts où chaque région doit trouver son compte. Sauf que la cohésion nationale, ce concept du «Vieux-Monde», a été appelé à la rescousse durant toute la campagne No Billag et a fortement contribué à l’éclatant succès du service public. Difficile aujourd’hui de prendre les électeurs à contre-pied, en rallumant la guerre des bourgades. Genève contre Lausanne, Berne contre Zurich. 

La SSR se trouve devant la tâche impossible de devoir marier les contraires: les résistances internes, hostiles aux réformes, les pressions de la droite, opposée à la redevance, les attentes de tous, favorables aux économies… qui ne sont jamais les bonnes! Un cul de sac!!

En fait, la consommation dématérialisée et la crise générale des médias impliquent une remise à plat totale du système. Curieux que la nouvelle loi sur les médias électroniques, mise en consultation, n’interroge pas la notion même de service public. Qui fournit aujourd’hui l’information utile aux citoyens de ce pays compliqué? La SSR? A l’évidence. Les radios et les TV locales? Aussi, elles qui ne reçoivent qu’une infime part de la redevance. Et la presse écrite?

Celle qui parle de culture, d’économie, de politique, de la vie des communes, qui est présente en vidéo sur le Net ou sur le marché des podcasts?  Cette presse-là, menacée, est aujourd’hui en mains d’éditeurs privés, qui ont perdu leur modèle d’affaire. Et qui sabrent à tout va.  En dix ans, la presse suisse a perdu la moitié de son revenu publicitaire! Ce simple chiffre devrait sonner l’alarme. Quelle industrie survivrait à un tel effondrement? 

Il faut donc imaginer des passerelles entre services public et privé. Il faut inventer un financement de contenus plutôt que de structures, sur toutes les plateformes. Il faut favoriser des productions éclatées sur toute la Suisse. On évitera ainsi de marginaliser Genève l’internationale. Personne n’y a intérêt, et surtout pas la Suisse. C’est cette révolution-là qu’il faut préparer.

 

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