Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ROUEN/Les "Trésors enluminés de Normandie" dans un cloître gothique

Crédits: Ville de Rouen

Les manuscrits médiévaux sont à la mode. Ce n'est pas la Bibliothèque Nationale parisienne, du moins sur son site Richelieu, qui va en ce moment assouvir les curiosités. Sa restauration se révèle interminable et trop souvent polémique (1). Aussi est-ce à Rouen qu'il faut découvrir jusqu'à la mi-mars les «Trésors enluminés de Normandie». Une révélation suivie d'une mise en valeur (2). Les pièces aujourd'hui présentées au Musée des Antiquités se révèlent en effet très dispersées. Beaucoup n'avaient du coup pas jusqu'ici fait l'objet d'une réelle étude. On comprend que le Ministère de la culture ait soutenu l'actuelle initiative. «Exposition d'intérêt national». 

Pour arriver jusqu'au lieu de visite, l'étranger doit emprunter la longue rue Beauvoisine. C'est l'occasion de découvrir une nouvelle fois qu'en dépit de l'urbanisation sauvage du XIXe siècle, des bombardements de 1944 et du vandalisme des années 1960, Rouen a de beaux restes. C'est une succession de maisons à colombage et de petits immeubles en pierre de taille anciens. Au haut de l'artère, un ancien couvent. C'est là. Avec une surprise. Derrière des façades remontant sans doute au XVIIe siècle se niche un édifice gothique, avec un magnifique cloître transformé en musée des antiquités. Au sens large. A l'archéologie gauloise ou romaine succède le Moyen Age, avec quelques chefs-d’œuvre méconnus. Je signale à ce propos que l'institution a reçu l'an dernier de ses «Amis» deux chapiteaux sculptés romans qui feraient pâlir de jalousie les Cloisters de New York. Ils proviennent lointainement de l'abbaye Saint-Georges de Boscherville.

Un champ très large 

Au bout de la promenade dans les collections, l'exposition commence. Elle s'est logée là où il restait de la place. Son comité scientifique, présidé par Marie Jacob et Nicolas Hatot, est parti dans diverses directions. Il y a les manuscrits créés en Normandie. Ceux qui s'y trouvent aujourd'hui, y compris chez un privé. Une place a également été faite aux livres peints ayant fait partie au XIXe siècle d'une collection normande. Comme l'explique le texte introductif, le Musée des Antiquités lui même doit sa naissance, dans les années 1820, «à la précocité archéologique qui a vu le jour en Normandie au début du XIXe siècle». Avec les dégâts que cela a parfois supposé. Ici aussi, on a dépecé nombre de manuscrits afin d'un garder les seules pages enluminées. 

Au rez-de-chaussée et dans un sous-sol moderne, le visiteur peut voit ce nombreuses pièces remarquables et parfois presque inédites. La Bibliothèque Nationale a prêté. Normal. Avant de se voir évincé par une cabale administrative, le Normand Léopold Delisle en fut longtemps le directeur au XIXe. Le Petit Palais s'est également montré généreux. Il a prêté tout ce qu'il avait. Logique. Les frères Dutuit, qui sont à l'origine de ses collections dans les années 1900, ont beau venir de Marseille. Ils ont grandi à Rouen. Et puis il y a le fonds de la ville, qui était au Moyen Age la seconde France en importance économique et physique. La cité au cent clochers, même s'il s'agit sans doute là d'une exagération poétique, due à notre ami Victor Hugo.

Une longue visite 

Il n'y a plus au public qu'à se pencher sur les vitrines, histoire de voir les quatre volumes (à l'état de neuf) de la Bible de Foucarmont, le «Grand coutumier de Normandie» ou «Le livre des conquêtes et faits d'Alexandre», un peu plus tardif. Plus des pièces italiennes et quelques découpages. Il lui faut prendre son temps. Autant dire prévoir un visite assez longue, d'autant plus que celle du reste de l'institution exige de l'attention. 

(1) Il suffit de penser à l'affaire de l'escalier classé qu'on va démolir, puis pas démolir, puis à nouveau démolir...
(2) Le CNRS a pris en charge l’intégralité des frais engendrés par une numérisation intégrale du corpus. 

N.B. L'exposition a coûté en frais 65.000 euros, ai-je lu dans un journal normand. C'est clair et bon marché. Pourquoi Genève fait-il toujours cher, avec des chiffres jamais communiqués

Pratique 

«Trésors enluminés de Normandie», Musée des antiquités, 198, rue Beauvoisine, Rouen, jusqu'au 19 mars. Tél. 00332 35 98 55 10, site www.museedesantiqites.fr Ouvert du mardi au samedi de 10h à 12h15 et de 13h30 à 17h30, le dimanche de 14h à 18h. Entrée 4 euros. Un record, mais dans le bas!

Photo (Ville de Rouen): Une peinture de la Bible de Fourcamont, réalisée vers 1220-1270, sans doute au Mans.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."