Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ROUEN/Le Musée de la Céramique exhume Masséot Ababesne

Crédits: Musée de la Céramique, Rouen

Si le prénom se retient facilement, tant il semble étrange, le nom restait jusqu'ici inconnu, sauf de rares spécialistes. On rapproche aujourd'hui Masséot Abaquesne (vers 1500-avant 1564) de Bernard Palissy (vers 1510-1589/90) sous le signe d'une Renaissance française inspirée. Mais, soyons justes! Si le nom de Palissy fleurissait jadis sur toutes les lèvres, la République faisant un héros de l'artiste brûlant ses meubles pour permettre à ses premières céramiques de cuire, sa gloire apparaît aujourd'hui bien ternie.

Masséot Abaquesne a été l'an dernier l'objet d'une exposition au château d'Ecouen, près de Paris, qui sert de Musée national de la Renaissance. Elle se voit aujourd'hui reprise dans le cadre du «Temps des musées» rouennais, pour une partie au Musée des beaux-arts et pour l'autre au Musée de la Céramique de la ville normande. Dès 1526, l'homme se trouve en effet à Rouen, comme en témoignent divers actes d'archives. Il y crée aussi bien des œuvres élaborées comme les tableaux de carreaux de faïence livrés aux grands du royaume, que des produits semi industriels. En 1545, Ababesqne livre ainsi 4152 pots de pharmacie à un certain Pierre Dubosc.

Pièces de comparaison 

Certains d'entre ces derniers se trouvent peut-être parmi les pièces réunies en partant des collections locales, complétées par celles du Louvre, de Sèvres, de Douai, de Nevers ou de Limoges. La manifestation les rapproche des créations d'autres manufactures. Disons tout de suite que cet art provincial fait pauvre figure par rapport aux somptueuses majoliques italiennes, plus colorées, plus soignées et surtout plus luxueuses. La vaisselle princière (et hors de prix déjà à l'époque) sortie des ateliers d'Urbino était le Sèvres du XVIe siècle. 

Cette petite exposition, disposée au rez-de-chaussée d'un bâtiment construit en 1657 pour un homme portant le beau nom de Pierre de Becdelièvre, se poursuit tout près, au Musée des beaux-arts. Il y a là, dan une grande salle aveugle, une évocation de la chapelle de Gaillon, démantelée dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle possédait un pavage d'Abaquesne. Le château de cette petite localité, qui fut en France le premier palais bâti dans le goût de la Renaissance, a en effet beaucoup souffert après la Révolution, même s'il en subsiste une partie. Une partie des façades a ainsi été remontée à Paris dans la cour de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts...

Pratique 

«Masséot Ababesque», Musée de la Céramique, 1, rue Faucon, Rouen, jusqu'au 3 avril. Tél 00332 35 07 31 74, site www.museedelaceramique.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 14h à 18h.

Photo (Musée de la Céramique, Rouen): Fragment d'un pavage en céramique de Masséot Abaquesne.

Ce texte intercalaire complète celui sur "Le temps de collections" à Rouen.

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