Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ROMONT/Le Vitromusée présente la production du Vénitien Paolo Venini

Crédits: Stanze del Vetro, Venise 2016

Je vous ai souvent parlé des expositions organisées par les Stanze del Vetro de Venise. La plupart d'entre elles tournent autour des créations de la maison Venini, créée en 1921 et toujours active (1). Une sorte de compilation en arrive aujourd'hui au Musée du vitrail et des arts du verre de Romont. L'endroit peut sembler logique. Il l'est d'autant plus que la Pentagram Stiftung, à l'origine de toutes ces manifestations, reste basée en Suisse. Créée en 2011, elle a son siège à Coire. Notre pays constitue, on le sait, la terre bénie des fondations en tous genres. 

Logée au château de Romont, l'institution n'est pas immense. Elle possède par ailleurs bien évidemment des salles permanentes. Il a donc fallu sélectionner une centaine de pièces. Marino Barovier a choisi comme axe la personnalité de Paolo Venini (1895-1959). Cet ancien avocat milanais n'a pas été que le co-créateur d'une firme ayant plusieurs fois changé de raison sociale en s'associant au départ avec l'antiquaire vénitien Giacomo Cappellin. Il fut l'auteur de plusieurs séries célèbres, créées parallèlement à celles de designers italiens comme Carlo Scarpa ou Napoleone Martinuzzi. L'homme a ainsi été au four à verre et au moulin financier. Une dizaine de souffleurs ont donné vie jusqu'en 1959 aux créations de celui qui était aussi le patron.

Un choix 

Le commissaire a éliminé des pans entiers de la production Venini. Le visiteur ne retrouvera à Romont ni Napoleone Martinuzzi, ni Tommaso Buzzi, ni des Nordiques comme Tyra Lundgren. Barovier livre en fait une version réduite de l'exposition Paolo Venini, organisée en 2016 sur l'île San Giorgio, là où se trouvent les Stanze del Vetro. Le prolifique Fulvio Bianconi se voit du coup représenté par un seul «Fazzoletto», ou mouchoir. Créé dans l'immédiat après-guerre et toujours en bonne place sur les rayons du magasin Venini de la place Saint-Marc, ce modèle ne pouvait rester totalement absent. C'est l'icône de la maison. 

De Paolo Venini, le public retrouve des objets des années 1930 et 1950. Ce sont sans doute les décennies les plus riches sur le plan des innovations. Elles vont ici des «Diamante» transparents de 1934-1936 aux «Incisi» aux couleurs pâles de 1956-1957. Des techniques comme toujours complexes. Le parcours se voit complété par des designers dont la contribution n'a pas été mise en avant par les Stanze, soit parce qu'il s'agit de projets encore inaboutis, soit par ce que la collaboration est restée trop brève pour donner lieu à une rétrospective. Certains sont connus, comme Tobia Scarpa, le fils de Carlo, seul protagoniste encore vivant de l'exposition, ou Gio Ponti. Mais le grand architecte n'a collaboré que très occasionnellement avec Venini. D'autres restent à découvrir. Cela dit, les Américains Ken Scott ou Charles Lin Tissot n'ont eux aussi fait que des apparitions dans la maison. Rien n'illustre enfin la petite production de Ginette Gignous, qui était accessoirement Madame Paolo Venini.

Fixés sous verre 

L'ensemble se révèle plutôt bien présenté dans deux grandes salles du musée. Les explications se voient données par une brochure de salles. L'éclairage n'apparaît cependant pas au top. Non seulement il donne une lumière un peu plate, mais il tend à s'éteindre après quelques minutes, comme dans certains WC publics. L'exposition propose par ailleurs des catalogues anciens, des livres et même quelques dessins originaux de Paolo Venini. Une section didactique montre le travail sur les cannes et les murines, ou tesselles de verre.

Avant de repartir, le visiteur doit évidemment profiter de la vue. Les fenêtres du château plongent sur la campagne fribourgeoise, là où la Suisse ressemble le plus à un dépliant touristique, à moins que ce ne soit à une maquette géante. Il serait aussi bon qu'il jette un œil, et même si possible les deux, aux salles où le Vitromusée de Romont présente l'incroyable collection de peintures sous verre (elles vont du XVIe au XXe siècle et de l'Allemagne à la Chine d'exportation) des époux Ruth et Fryder Ryser. Un ensemble dont j'ignore la statut (don ou dépôt?). Il y a là que quoi passer un long moment... à condition d'aimer les fixés sous verre, bien entendu.

(1) La firme semble depuis quelques années en panne d'inspiration. Les nouveaux modèles présentés entre deux rééditions peinent à emporter l'adhésion. Rebapitsée Venini S.P.A. en 1988, la maison fait aujourd'hui partie du groupe Italian Luxury Industries.

Pratique 

«Venini & Co», Vitromusée, musée suisse du vitrail et des arts du verre, château de Romont, jusqu'au 11 novembre. Tél. 026 652 10 95, site www.vitromusee.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 13h et6 de 14h à 18h.

Photo (Stanze del Vetro): Quelques plats à murines des années 1950 imaginés par Paolo Venini.

Prochaine chronique le vendredi 29 juin. Le Louvre montre ses pastels.

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