Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ROME/Raphaël, Parmigianino et Barocci au Capitole

C'est une exposition presque clandestine. Je m'explique. Le «Raffaello, Parmigianino, Barocci» des Musées du Capitole, à Rome, ne bénéfice (presque) d'aucune publicité. J'ai ainsi pu rencontrer en Italie un ex-directeur du Louvre (1) n'en ayant jamais entendu parler. Il s'agit en plus d'une manifestation introuvable. Une fois accompli le passage à la billetterie, puis dans un sas de sécurité (que son personnel maîtrise encore mal), le visiteur se retrouve abandonné à lui-même. Pas une seule flèche dans ce triple palais dont les étages, sous leur façades plaquées par Michel-Ange au XVIe siècle, ne raccordent pas entre eux. C'est donc épuisé que le public se retrouve enfin sous les toits, après avoir emprunté divers escaliers et ascenseurs. 

Le jeu, si l'on admet qu'il en s'agit bien d'un, en vaut pourtant la chandelle. Marzia Faietti, directrice du Cabinet des arts graphiques aux Offices de Florence, n'a pas fait que puiser dans ses richissimes boîtes. Elle a emprunté des dessins et quelques tableaux à tout ce qui compte en Europe, du Vatican à l'Albertina de Vienne en passant par le British Museum, le Rijksmuseum d'Amsterdam ou le Städelsches Museum de Francfort. On ne peut rien refuser au Pôle muséal florentin, qui sert si souvent de pourvoyeur en chefs-d’œuvre.

Un propos assez peu clair 

Le propos n'est pas d'un clarté évidente, mais peu importe. Il entend confronter Raphaël, mort en 1520, avec ses héritiers, même si ces derniers peuvent sembler bien indirects. Francesco Mazzola, dit «le Parmesan» (1503-1540) en avait recueilli la grâce, lors de son passage romain en 1524-1527. Il s'est cependant considérablement éloigné des canons du maître pour jeter les bases de ce que nous appelons le maniérisme. Federico Fiori, dit «il Barocci» (1534-1612), partage avec Raphaël son origine. Tous deux sont d'Urbino, dans les Marches. Son art suave, qui annonce lui le baroque, ne se réclame que verbalement de son concitoyen. Mais comme il s’agit d'un des plus grands dessinateurs de tous les temps, le public n'a aucune raison de se plaindre. 

Leurs feuilles se voient juxtaposées dans le but évident de créer des point communs. La chose marche plus ou moins bien. Dans cette présentation thématique, il y a ainsi une ridicule chose sur «la fenêtre», cette dernière étant simulée au propre par un immense miroir installé sur un mur. Cette scorie ne gêne pas la visite. Il y a là des merveilles, rarement montrées. Le dessin est fragile et les normes de conservations deviennent de plus en plus strictes. Il faudra bientôt le voir dans le noir...

Un Raphaël invisible et célèbre 

Quelques tableaux ponctuent le parcours. Il y a notamment la célèbre «Annonciation» de Barocci, avec la vue d'Urbino en arrière-plan, ou l'autoportrait de jeunesse de Raphaël, invisible en temps normal vu qu'il fait partie de la collection d'autoportraits des Offices, fermée au public. Souvent reproduit il laisse une impression bizarre. On se demande si on a enfin cette petite peinture pour de vrai sous ses yeux. 

(1) Pierre Rosenberg, pour ne pas le nommer.

Pratique

«Raffaello, Parmigianino, Barocci», Musei Capitolini, Rome, jusqu’au 10 janvier. Tél. 0039 06 608 (numéro spécial), site www.museicapitolini.org Ouvert tous les jours de 9h30 à 19h30. Photo (Uffizi): L'autoportrait de Raphaël, peint vers 1502, détail. 

Texte intercalaire.

 

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