Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ROME/La "Maison du commandant" révélée par les travaux du métro C

Crédits: DR

L'histoire continue. Les découvertes se multiplient sur le gigantesque chantier de la ligne C du métro romain. Il s'agira à la fin du plus gros chantier archéologique qu'ai connu la capitale. Et moins destructif que ne le montrait dans les années 1970 «Fellini Roma»! Tout se verra conservé, ou presque. Les différentes stations ressembleront du coup un peu à des musées. Il n'y a rien d'étonnant à cela. Je me contenterai de vous citer ici les deux étages de citernes romaines que l'on peut visiter depuis bien des années sous un cinéma de la cité. La caissière vend du coup ici deux types de billets. 

Or donc, après la caserne impériale, la luxueuse villa aux alentours du forum et je ne sais quoi encore, les ouvriers sont tombés lors de la construction de l'arrêt Amba Aradam sur «la Maison du Commandant». A douze mètres de profondeur, il y avait non seulement des fresques, des marbres de prix et des mosaïque presque intactes. Immédiatement appelés, les archéologues ont trouvé des anneaux d'or ou des objets en ivoire. La demeure, qui couvre environ 300 mètres carrés, remonte au IIe siècle de notre ère. Elle comporte quatorze chambre autour d'une cour centrale, avec une fontaine au milieu. Pourquoi parler au fait de «Commandant»? Parce que pour la scientifique Rossella Rea, comme me l'apprend «Il Giornale dell'Arte» d'avril, «la structure pourrait former l'habitation d'un commandant des milice spéciales, les services secrets de l'empereur Hadrien.» Une rencontre imprévue entre l'agent 007 et cet empereur dont Marguerite Yourcenar a écrit les mémoires fictifs...

Le fruit du hasard 

«C'est une découverte aussi inattendue qu'exceptionnelle», a confirmé Francesco Prosperetti, surintendant spécial responsable des fouilles avec Simona Moretta et Rossella Rea. Il n'existait jusqu'ici aucune trace témoignant l'existence d'un tel complexe. Comme pour la caserne, il y a maintenant un sauvetage d'urgence. Tout se voit démonté avec précaution afin que les travaux continuent. A leur issue, la «domus» se verra reposée telle qu'à l'origine au-dessus de la ligne de métro, dans un espace conçu par l'architecte Paolo Desideri. Les Romains ont déjà pu voir en préfiguration il y a quelques mois la station San Giovanni avec le fruit d'autres découvertes. A Rome, il n'y aura plus besoin bientôt d'aller au musée. Le métro suffira. 

Un dernier mot qui ne figure pas dans le numéro actuel d'«Il Giornale dell'arte». C'est une pensée qui me semble vertigineuse. Tout reste ici le fruit du hasard. Si la ligne avait passé cent mètres plus à droite, ou cinquante plus à gauche, les ouvriers seraient sans doute tombés sur d'autres vestiges. La cité ne forme après tout qu'un immense mille-feuille archéologique avec des couches allant du Moyen Age à la lointaine préhistoire. Sous le Forum Boarium, près du Tibre, on ce compte plus en siècles, mais en millénaires.

Photo (DR): La station San Giovanni les vestiges remontés.

Texte intercalaire.

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