Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ROME/Barbara Jatta dirige depuis le 1er janvier les musées du Vatican

Crédits: Musei Vaticani

C'est bien sûr la première fois qu'une femme accède à cette fonction. Barbara Jatta dirige depuis le 1er janvier 2017 les musées du Vatican. Il y en a douze, de l'étrusque au chrétien en passant par la chapelle Sixtine. Cette nomination couronne une carrière sans faute, accomplie depuis 1996 dans ce conglomérat d'institutions. A 34 ans, la Romaine était entrée à la Bibliothèque apostolique. Puis elle avait gravi les échelons avec un CV impressionnant. Barbara est tout, et même restauratrice de papier. Les musées du Vatican connaîtront par ailleurs un coup de jeune, avec elle à leur tête. Son prédécesseur Antonio Paolucci, qui fut il y a bien longtemps Ministre de la culture en Italie, a tenu bon la rampe jusqu'à 77 ans. 

Barbara est bien sûr mariée (avec un pédiatre). Elle a trois enfants, sans doute déjà grands. La «studiosa» a également beaucoup publié. Elle pouvait prétendre à ce sommet. «Je n'ai jamais souffert au Vatican d'aucune discrimination sexuelle», vient de confier Barbara Jatta à la presse nationale. L'Italie reste d'ailleurs curieusement le pays où les femmes accèdent le plus facilement à la tête des grands musées, que ce soit l'Accademia de Venise ou les Offices de Florence. Il faut préciser qu'il s'agit là de postes prestigieux, mais fort mal payés. La féminisation cache souvent une dévaluation financière. Il faut être «épouse de...» ou avoir vraiment foi en son travail.

Et ailleurs? 

Cette nouvelle m'a donné l'envie de regarder ailleurs. Où sont les femmes qui ont réussi à franchir le fameux «plancher de verre»? En Italie donc. Parmi les vingt nominations de l'an dernier aux postes clefs, il y avait ainsi pour la première fois des étrangers, mais aussi des femmes suffisamment nombreuses pour qu'on ne les remarque plus. C'est toujours bon signe. 

Ailleurs, les choses restent différentes, sauf pour les institutions mineures ou privées. Le Kunsthistorisches Museum de Vienne a une directrice, comme le montre le beau film documentaire «Le grand musée» (1). La Tate Britain aussi en a connu une. Le règne de Penelope Curtis s'est mal terminé, en dépit de ses initiatives intéressantes. Le British Museum, la National Gallery ou le Victoria & Albert (2) restent en revanche des bastions masculins. En France, Aurélie Filipetti, alors Ministre de la culture, avait promis une nomination féminine pour un grand lieu parisien. Elle n'a tenu parole ni pour le Louvre ni pour Beaubourg. Seul Guimet a une directrice en la personne de Sophie Makariou, un peu propulsée là. On ne peut pas dire que les chefs des grands musées américains soient féminins. Ce sont souvent des messieurs interchangeables en costume cravate et chemise blanche.

La Suisse aussi 

Et en Suisse? Idem. Les établissements clefs ne sont pas tombés en quenouille (autrement dit en main féminine, puisque c'est ça que l'expression signifie en réalité). Le Musée d'ethnographie de Genève avait pourtant fait oeuvre de pionnier en nommant une femme dès 1952, Marguerite Lobsiger-Dellenbach. C'est le Canton de Vaud qui doit compter le plus grand nombre de directrices avec Prangins, l'Hermitage, l'Elysée, le Mudac, le Musée Jenish ou le CACY d'Yverdon. Ailleurs peu d'exemples, finalement. Je note cependant que Nina Zimmer coiffe dorénavant les musées de Berne. On lui souhaite bonne chance. Ces musées-là ne sont pas nés coiffés! 

(1) Elle s'appelle Sabine Haag.
(2) Soyons justes! Le V & A a eu une directrice de 1987 à 1995. Mais c'est un musée d'art décoratifs.

Photo (Musei Vaticani): Barbara Jatta dans son environnement romain.

Texte intercalaire.

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