Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Sainte Greta, priez pour la planète

«La logique voudrait que l’on prenne des mesures. Or, les fronts ne bougent pas»

La voilà bientôt Prix Nobel. Sanctifiée avant l’heure, la petite Greta Thunberg a la sincérité touchante. Icône de ce XXIe siècle angoissant, qui crée des idoles pour mieux les oublier. Depuis son apparition miracle à la COP24 et au Word Economic Forum, l’adolescente autiste, qui a su trouver les mots pour réveiller les consciences, fait la une de tous les médias, portée par l’enthousiasme numérique. On dirait un plan comm. Et c’est un plan comm! Pour la bonne cause certes, mais autant le savoir. Quant à prédire si le mouvement planétaire engagé dans son sillage va faire bouger les fronts, on attend pour voir.

Il y a quelques mois encore, les marches pour la Terre ne réunissaient que quelques vieux militants au pull fatigué et passaient largement sous les radars des médias. Elles sont aujourd’hui le lieu d’une formidable énergie et d’un espoir, porté par les jeunes générations. «Et un, et deux et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité.» Plus de 2000 manifestations dans une centaine de pays le 15 mars. Des centaines de milliers de jeunes qui défilent, de Brigue à Sidney, en passant par Montréal, Paris ou Lausanne! L’Affaire du siècle a été la pétition la plus signée de l’histoire de France. «Je crois que le changement est à l’horizon», prédit Greta Thunberg, sans être contredite.  

On aimerait la croire. On aimerait surtout que le mouvement trouve une traduction politique, ce qui est autrement plus difficile.

On sait grâce à l’enquête de blogueurs et journalistes suédois du Svenska Dagbladet que la petite Greta a été largement mise en scène par le cofondateur d’une startup suédoise qui lutte contre le réchauffement climatique. Ingmar Rentzhog est aussi président d’un think tank qui a des liens assumés avec le programme Global Shapers du Forum de Davos. Voilà donc qui explique la présence, en janvier, de cette adolescente sortie de nulle part, au sein de ce WEF qui aime tant utiliser les armes de ses adversaires pour mieux les neutraliser. 

On ne peut mettre en doute la sincérité de Greta Thunberg. On ne peut mettre en doute la justesse de sa cause. Il suffit de lire une fois dans sa vie le résumé des rapports du groupement intergouvernemental d’experts sur le climat, le GIEC, Prix Nobel 2007, pour comprendre que le réchauffement climatique est une réalité. 2018 a d’ailleurs été l’année la plus chaude jamais enregistrée en Europe. 

Mais la cause climatique est complexe. Elle remet en cause notre manière de consommer, de se déplacer, d’envisager les rapports au Sud, les systèmes financiers. Elle exige des politiques publiques qui n’existent pas aujourd’hui. A quand l’intégration de l’écologie dans les programmes scolaires? Elle pose des questions fondamentales. La technologie est-elle l’avenir de la planète? Comment marier croissance et écologie? Les «collapsologues» sont-ils sérieux? Si la planète doit mourir demain, autant savoir de quoi. Et on en vient à regretter que les rédactions se soient peu à peu délestées de la plupart de leurs journalistes scientifiques.

Illogique

La logique voudrait que l’on prenne des mesures. Or, les fronts ne bougent pas. La Suisse, comme la plupart des nations industrialisées, ne remplit pas ses promesses de réduction de CO2 et le Parlement rechigne à fixer des objectifs chiffrés. 

La logique voudrait que l’on soit logique. Or, chaque citoyen de ce pays consomme encore 125 kilos de matière synthétique par an, dont 45 kilos d’emballage. Les CFF roulent sur l’or mais viennent d’augmenter les tarifs de la Voie 7, empruntée par les jeunes. Dans le monde, des milliards de dollars de subventions vont aux énergies fossiles. Au Malawi, le plus grand mécène de la planète, Bill Gates, vend des OGM et des semences Monsanto. Et le reste à l’avenant. 

La logique voudrait que l’on soit logique. On ne l’est pas. Alors on est émotionnel. «Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.» 

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