Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Presse romande: espoir de renouveau

«La société s’agite. Et prend conscience du rôle essentiel joué en démocratie par des médias indépendants»

Enfin des éclaircies dans le ciel médiatique romand, passablement embrumé ces dernières années. L’annonce de la création de la Fondation Aventinus s’inscrit dans un foisonnement d’initiatives, privées et publiques, pour venir en aide à la presse et à sa diversité.

La fondation, présidée par l’ancien président du Conseil d’Etat genevois François Longchamp, va soutenir des produits médiatiques «qui séparent les faits des opinions, diversifient leurs sources et mettent du contexte et de la distance». Soit l’exacte définition du journalisme de qualité. Et les termes du communiqué soulignent, en creux, qu’il y a danger de ce côté-là. Car si les médias romands peuvent encore se targuer d’une extraordinaire richesse en comparaison internationale, la crise du modèle d’affaires n’est pas sans conséquence sur leur qualité. Comment en irait-il autrement, alors que les rédactions ont été secouées par des restructurations en série? Comment assurer une indépendance menacée par un marché publicitaire en déroute? En septembre dernier, la SSR annonçait une baisse de 30 millions de ses revenus publicitaires pour cette année. 30 millions pour l’un des médias les plus puissants de Suisse! 

L’inquiétude s’installe

Les principaux éditeurs alémaniques, Ringier, Tamedia, CH Media et NZZ, ont lancé la contre-offensive et viennent de mettre en place un accès commun à une vingtaine de titres, dans une sorte d’alliance numérique pour cibler la publicité et limiter les dégâts. Mais le problème le plus urgent n’est pas le bénéfice des groupes de presse, qui se portent plutôt bien. L’inquiétude concerne l’avenir des rédactions. Comment empêcher que la Suisse ne prenne le chemin de la France ou des Etats-Unis, où les signaux d’alarme sont au rouge, où le nombre de journalistes ne cesse de reculer, où un écosystème de précarité de la profession s’est installé, où le 4e pouvoir est souvent devenu celui du buzz? La fausse annonce de l’arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès n’est qu’une des dernières manifestations des dérives de rédactions peuplées de journalistes multitâches, condamnés à travailler sans filet et dans l’urgence. C’est de cela qu’il faut se préoccuper.

On peut supposer que les clients d’Aventinus – qui n’exclut ni prises de participation, ni rachats de titres – ne vont pas manquer. Il y a les plateformes en ligne, lancées ces dernières années et qui se financent avec peine. Il y a la presse régionale secouée par la faillite de Publicitas et dont le marché publicitaire s’assèche. Il y a les radios et télévisions privées, qui doivent pour l’instant s’accommoder des miettes de la redevance, survivant avec peine pour certaines. Il y a les initiatives individuelles.

Bonnes nouvelles

La bonne nouvelle de cet automne est que de premières actions concrètes sont annoncées. La bonne nouvelle est que les produits de qualité existent et ne demandent qu’à être soutenus. La bonne nouvelle est que des fondations, des politiques, des collectivités publiques s’y intéressent. Car Adventinus n’est pas seule à s’activer. Le think tank  Nouvelle presse travaille à un modèle de fondation qui pourrait impliquer des pouvoirs publics. Les fondateurs de la plateforme heidi.news lancent une structure pour financer des contenus. Media Forti entend instaurer une aide publique financée en partie par le surplus de la redevance. On veut lancer un pacte de l’enquête. Des initiatives qui pourraient trouver écho au Parlement fédéral renouvelé. On y évoque avec insistance les excédents de la redevance radio-TV et même un nouvel article constitutionnel qui permettrait une aide étatique directe aux médias de ce pays, tous supports confondus. Si la société s’agite, c’est que chacun a pris conscience du rôle essentiel joué en démocratie par des médias indépendants et correctement financés. L’automne 2019 pourrait bien marquer le renouveau de la presse romande.

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