Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Médias: pourquoi tant de haine?

«En ces temps de grande confusion, la confiance dans la presse est au plus bas. Mais qu’est-ce qui déraille?»

La méfiance traditionnelle envers la presse s’est transformée en haine. En France, des journalistes ont été agressés par des manifestants en gilet jaune. Injures, crachats, menaces, le discours anti-élite atteint désormais la profession. Aux Etats-Unis, des salles entières, chauffées par Donald Trump, réclament la peau de CNN. «There are so dishonest!» La chasse aux médias comme argument du pouvoir! En Suisse, les récentes affaires ont donné lieu à de fortes tensions. En ces temps de grande confusion, la confiance dans la presse est au plus bas. Mais qu’est-ce qui déraille? La profession est-elle coupable ou victime?

«Journalopes», «merdias», BFM TV est aux premières loges des polémiques. La chaîne explose ses audiences en couvrant les manifestations de la France d’en bas, qui, d’ordinaire, ne l’intéresse pas. La colère en continu fait vendre! Les commerciaux sont contents, la rédaction un peu moins car c’est sous escorte qu’elle doit désormais travailler. «BFM collabo» hurle la foule à l’adresse de journalistes, «auxiliaires du pouvoir». Lequel pouvoir dénonce avec la même vigueur une «couverture extravagante», des micros tendus sans recul et sans analyse et qui «attisent le climat de guerre civile».

«Tribunal médiatique»

BFM, victime de son modèle, n’est pas seule sous le feu des critiques. La défiance envers les médias, née au Front national, déborde désormais de partout. Mélenchon appelait récemment ses troupes à «pourrir la vie» des professionnels de Radio France, «tricheurs et menteurs». La direction a porté plainte. Le pouvoir médiatique «ne cherche plus la vérité, tempête le président Macron, il se transforme en tribunal médiatique». Des formules que l’on peut entendre en Suisse, où les récentes affaires Savary ou Broulis ont mis en lumière une mécanique semblable.

Pourquoi tant de haine? Sommes-nous entrés dans une société de rupture?

Le mal est si profond qu’il pousse la profession à l’introspection et au récent News Xchange d’Edimbourg, les grands noms de la presse anglophone se sont livrés à des réflexions de fond. Il faut les entendre.

Revenir aux bases du métier

L’avènement du numérique n’a pas changé les bases du journalisme, disent-ils, mais l’écosystème des médias a été bouleversé. Les patrons de CBS News et de CNN d’estimer qu’en ces temps de polarisation, attisée par la rumeur et les fake news, le public a plus que jamais besoin de «professionnels neutres et impartiaux». L’explication des faits, leur contextualisation sont redevenues capitales et ne peuvent se faire sans «des journalistes spécialisés, qui maîtrisent leurs sujets et apportent une valeur ajoutée». 

«Nous n’avons rien à vendre mais un service à rendre», résume en une formule Tony Hall, patron de la BBC. Les nouveaux contextes doivent pousser les médias à plus de vigilance et au retour aux bases du métier.

Récemment, la nouvelle directrice de la SRF déclarait vouloir bannir le journalisme d’opinion des chaînes publiques suisses alémaniques. Clapotis et remous à l’interne et, pourtant, Nathalie Wappler ne fait qu’énoncer l’évidence: l’existence d’un service public ne se justifie que par une information au service des faits, au plus près de leur réalité et non d’une cause.

Le manque de temps, la pensée homogène, la culture du copier-coller, l’absence de recul ont trop souvent sapé les fondements d’une profession plus nécessaire que jamais. On y revient! Instagram – et son milliard d’abonnés – n’a-t-il pas lancé récemment une chaîne TV qui veut présenter des vidéos plus longues et plus didactiques… Ennuyeuses, quoi!

Observer, enquêter, analyser, pondérer et commenter dans des cases dûment signalées: back to basics! Pour un retour de la confiance.

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