Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Le triomphe de Trump n'est pas la défaite des médias

Le Président Donald Trump est absous des accusations de collusion et d'obstruction qui collaient a sa présidence. Il serait un peu simple d'y voir une défaite des médias

Game over ! Le monde a dû s’habituer à la communication sommaire de Donald Trump, qui parodie désormais sur Twitter la série Game of Thrones.  Les 444 pages du rapport du procureur spécial Robert Mueller, publiées jeudi dernier dans leur version caviardée, acquittent le président des accusations qui collaient à ses basques depuis deux ans. «No collusion», «no obstruction», Trump affirme triompher de ses ennemis démocrates et des médias qui l’avaient enterré un peu vite. Pour autant l’affaire russe n’est pas la défaite de la presse, comme certains l’affirment. Tout au plus la démonstration qu’il est toujours dangereux de s’éloigner des faits stricts pour les interpréter. Et que la toute-puissance des propagandes d’état est difficile à contrer.

L’analyse poussée du rapport Robert Mueller nuance les cris de victoire du président. Le New York Times en fait une lecture au Kärcher. Le procureur a renoncé à se prononcer sur l’accusation d’obstruction à la justice, laissant cela au ministre William Barr et au Congrès, mais prouve que le Président a tout fait pour empêcher l’enquête. Tout donne à penser que si Trump est sauvé aujourd’hui, c’est en dépit de lui-même, protégé par ses conseillers. Sur le volet de la collusion, l’acquittement se fait par absence de preuve patente, le doute profitant à l’accusé. 675 jours d’investigation n’ont pas abouti à la démonstration de faits de collusion irréfutables mais 16 proches conseillers du Président ont eu des contacts avec la Russie, durant la campagne présidentielle.

Robert Mueller, le républicain devenu héros des démocrates, l’homme par qui ces derniers voulaient se venger de l’humiliation de 2016, ne sera pas celui qui fera tomber Donald Trump. Mais pouvait-il en être autrement ?

La presse américaine et européenne a sans aucun doute relayé trop vite et sans discernement, la campagne hystériques des démocrates, qui ne se pardonnent pas d’avoir si mal senti le vent de fronde soufflant des profondeurs de l’Amérique. «Nous avons été victimes d’un aveuglement coupable, d’une grande illusion nourrie par la haine de Trump, d’une russophobie galopante et de beaucoup d’imagination conspirationniste», a dit courageusement le «New York Post». Car il faut le souligner, la grande presse américaine a fait son autocritique.

Cette affaire n’est pas la défaite de la presse, encore moins celle de la presse d’investigation, plus nécessaire que jamais face à un Président qui piétine tous les usages politique. N’a-t-il pas reconnu récemment la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, «un coup de poignard dans le dos du droit international», a relevé le quotidien Haaretz. Tout au plus cette affaire rappelle-t-elle, que le pouvoir d’investigation des médias est limité face à la toute-puissance de l’état.

Ironie de l’histoire, les images du triomphe de Donald Trump nous sont livrées au moment même où Julian Assange est arrêté, défait et réduit au silence. Le cyber activiste s’était donné pour mission, à travers Wikileaks, de révéler les intrigues des puissants et de la géopolitique mondiale.  Trump, Assange, les deux hommes sont passés dans les mains du même procureur Robert Mueller.  L’un est aujourd’hui en route pour un deuxième mandat. L’autre devra peut-être se présenter devant les tribunaux pour avoir mis en lumière les agissements de l’armée américaine en Irak, où l’on pratiquait torture et humiliation. Est-il tombé pour avoir voulu créer un centre d’espionnage à l’ambassade d’Equateur ? Ou plus simplement, la nouvelle présidence de Lenin Moreno a-t-elle cédé aux pressions américaines ? On l’ignore mais, dans cette affaire comme dans bien d’autres, on comprend l’utilité de tous ceux qui entendent casser l’asymétries d’informations entre gouvernants et gouvernés. Le travail de la presse est décidément plus nécessaire que jamais.

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