Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Une presse d'intérêt public ?

La nouvelle ministre de la communication, Simonetta Sommaruga, doit donner un nouvel élan au paysage médiatique suisse, et le chantier est urgent, car contrairement à ce qu’affirme le président des éditeurs alémaniques, le secteur déprime et l’assèchement menace.

Il y a d’abord les chiffres, implacables : la presse écrite a perdu la moitié de ses rentrées publicitaires en dix ans et pas le moindre modèle d’affaires alternatif viable qui se présente à l’horizon pour sauver ce bateau-là. Pour l’instant en tout cas. Les grands groupes de presse font avant tout leur marge sur les plates-formes numériques de services et les bénéfices ne sont plus guère réinvestis dans les rédactions. 

Il y a ensuite le constat, qui a fini par pénétrer les esprits: la presse, toute la presse, joue un rôle de service public. Or la Suisse, contrairement à la France, est avare en aides publiques. Une subvention de 30 millions est versée chaque année pour abaisser les frais de distribution de journaux par La Poste. Et c’est à peu près tout.

Les éditeurs réclament une hausse massive de cette subvention, qui devrait passer de 30 à 120 millions. Mais au nom de quoi devrait-on aider ceux là même qui n’ont cessé de fermer, restructurer, sabrer dans les effectifs ces dernières années, tout en revendiquant des marges bénéficiaires extravagantes ? Et qui refusent toute aide directe, qui pourrait entraver leur liberté d’entreprise. En clair, qui veulent bien des subventions de l’Etat mais sans le contrôle qui va avec ! 

Face à ces blocages, quatre ténors du Parlement, de quatre partis différents, parmi lesquels Filippo Lombardi et un ancien de la SRF, le socialiste Matthias Aebischer, ont lancé une initiative qui pourrait bien inspirer Simonetta Sommaruga. Ils proposent de modifier la Constitution pour permettre à la presse écrite de bénéficier d’une partie de la redevance, qui jusqu’à présent revenait essentiellement à la SSR. Donc au secteur audiovisuel, un terme qui ne veut plus rien dire tant les barrières se sont effondrées entre médias. Les fonctionnaires de l’Ofcom, l’Office fédéral de la communication, ont vu leur loi sur les médias taillée en pièces, pour ne l’avoir pas remarqué. Le budget de la SSR serait ainsi limité aux 1,2 milliard prévus.

Aider la presse oui, dit le radical Olivier Feller, l’un des signataires, "si cela sert à des tâches d’intérêt public, reste subsidiaire et 
proportionné*. Voilà bien la concrétisation d’une des promesses faites durant la campagne no Billag. 
Peu à peu les tabous tombent devant l’évidence des chiffres. Tant mieux !

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