Jean Romaine

consultante en communication, ex-rédactrice en chef à la RTS, présidente de la Fondation Hirondelle

Romaine Jean est consultante en communication et présidente de la Fondation Hirondelle. Elle a été rédactrice en chef des magazines, cheffe de la rubrique politique et présentatrice du 19.30. Elle a lancé notamment les émissions "Infrarouge", "Coulisses de l'évènement" et "Toute une vie" et présenté l'émission "forum des Européens", sur Arte. Elle est licenciée en sciences politiques.

Crise climatique: le choix des mots

Comment faire comprendre et accepter une révolution aussi rapide, sans l’apport des médias?

La réalité du réchauffement climatique est admise par la quasi-totalité des scientifiques et des politiques. En Suisse, même la présidence de l’UDC, longtemps isolée sur ce dossier, s’est rangée aux inquiétudes de sa base paysanne, aux fourrages brûlés par les canicules. La crise est majeure et les incendies qui embrasent la forêt amazonienne ont encore accentué le climat anxiogène de cette fin d’été.

Dans ce contexte, les médias s’interrogent sur leur rôle. Doivent-ils s’en tenir à leur position d’observateurs? Ou muscler leur vocabulaire et devenir acteurs du changement des comportements?

Démarches proactives

On sait que le quotidien britannique The Guardian a opté pour une démarche volontariste et changé sa ligne éditoriale, car «ce dont parlent les scientifiques, c’est d’une catastrophe pour l’humanité», explique sa rédactrice en chef Katharine Viner.

L’Association canadienne des journalistes invite, elle aussi, ses médias à repenser leur travail, dans une démarche proactive, notamment en documentant avec précision les «actions ou inactions» des collectivités publiques et privées en la matière.

La revue américaine Columbia Journalism Review a lancé en avril dernier un vaste projet visant à améliorer la couverture médiatique du dossier. Avec en filigrane cette question cruciale: faut-il encore des débats contradictoires sur des questions scientifiques qui font consensus? Des chercheurs se sont appuyés sur les big data pour démontrer que les négateurs de la science du climat – que la BBC a décidé de ne plus accueillir – sont souvent traités à égalité avec les scientifiques, aux risques de semer le doute dans l’esprit du public.

Bien nommer les choses est un premier pas, précise Olivier Dessibourg, journaliste scientifique et rédacteur en chef adjoint de heidi.news. Et «bien nommer les choses», c’est indiquer le poids respectif des uns et des autres, et peut-être même leurs liens d’intérêts.

Si l’on considère que le rôle de la presse est de relater des faits, alors les faits sont là. Tous les rapports du GIEC, groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, depuis trente ans, vont dans le même sens: à l’échelle de l’histoire, le réchauffement climatique actuel est sans précédent, en termes d’intensité, de rapidité et d’étendue, car il touche l’ensemble de la planète.

Si la parole d’un organisme, couronné par le Prix Nobel, qui regroupe 195 Etats et plus de 2500 scientifiques, a encore une valeur, il nous resterait entre dix et quinze ans pour assurer la transition vers une civilisation moins prédatrice. Comment faire comprendre et accepter une révolution aussi rapide, sans l’apport des médias? Et que peuvent, que doivent ces derniers, face à des comportements qui ne changent pas ou très peu?

Relater des faits vérifiés

Plus que les négateurs du climat, ce sont sans doute les fausses nouvelles, les alertes inutiles qui désorientent et lassent le public. Plus que l’indifférence, c’est sans doute l’absence de base scientifique de certaines informations qui déstabilise et empêche la prise de conscience.

Récemment, plusieurs magazines français publiaient un rapport de «The Shift Project» sur le coût écologique faramineux des streamings vidéo sur smartphone. Plus que le trafic aérien. Information aussitôt démentie par d’autres publications. La nouvelle a pourtant largement circulé. Qui dit vrai? L’angoisse fait vendre et la crise existentielle des médias a dépeuplé les rédactions de leurs spécialistes scientifiques. Pourtant, jamais les sciences n’ont été aussi importantes dans le discours social.

La fonction première des médias est de relater des faits vérifiés, de faire le lien entre eux, de transmettre des savoirs et de les rendre lisibles, sans idéologie et en toute indépendance. En clair, un rôle capital.

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