Vonkanelrobin

Robin von Känel est le cofondateur de Ricochets, une agence de communication centrée sur l'humain.

Convaincu de la nécessité d'humaniser le marketing, il s'intéresse particulièrement au concept de marque personnelle et à l'intégration des collaborateurs dans les communications des organisations. Cela l'a naturellement poussé à se passionner pour les stratégies de communication sur les médias sociaux.

Robin partage régulièrement sa vision au cours de formations dans divers organismes tels que MassChallenge et HEC Lausanne.

Retrouvez-le également sur LinkedIn et le blog de Ricochets.

Les pires (et moins pires) conseils de Yann Marguet pour se démarquer

Occuper le devant de la scène romande, voilà bien une perspective alléchante. Mais comment y parvenir? Suivre les conseils de nos célébrités locales semble être un bon début.

La nouvelle génération des humoristes suisses fait parler d’elle depuis quelques années déjà. L’un de ses membres (et non des moindres!) est l’humoriste Yann Marguet. Véritable coqueluche des romands, il comptabilise aujourd’hui plusieurs millions de vues sur les réseaux sociaux.

Dans ses différentes chroniques sur Couleur 3, Yann parle de tout. Il aborde toutes les thématiques, des pique-niques à l’homosexualité, en passant par l’actualité. Aucun sujet n’est trop sérieux, ni trop banal. Son seul fil conducteur: un humour simple et franc.

C’est par hasard que je l’ai rencontré. Mais le hasard fait bien les choses et j’ai eu le plaisir de lui soutirer quelques conseils sur la façon de percer en Suisse romande. Mais pour commencer et comme il le dirait lui-même:

Yann Marguet, c’est qui ?

-> Définition !

Qui es-tu? Qu’est-ce que tu cherches à atteindre au travers de tes chroniques?

Yann Marguet : J’aimerais incarner la plus grande humilité possible, la plus grande simplicité, toujours m’inclure dans les critiques. Cela se rejoint dans tout ce que je fais. J’ai ce truc physique, une espèce de bonhomie. J’espère que les gens vont commencer à me voir comme un ami. Même si je parle de sujets qui peuvent déranger, j’aimerais qu’ils me voient comme un pote qui les embête.

Là où mon image est réfléchie, c’est dans la volonté d’englober les gens. Je ne vois pas l'intérêt d’une campagne de sensibilisation qui commence par “vous êtes une merde” parce que les gens vont zapper. En incarnant monsieur tout le monde, j’arrive à m’englober moi aussi dans la critique. Cela donne aux gens l’envie de s’identifier et le message passe plus simplement.

Tu es aujourd’hui devenu un influenceur. Est-ce que tu as recherché cette notoriété?

Je ne sais pas. Quand tu fais ce métier-là et que cela commence à marcher, tu as envie de pouvoir le faire longtemps. C’est horrible parce que c’est hyper artificiel, mais quand tu vois ton nombre de vues qui diminue cela fait peur. Après, ce n’est pas pour autant que je commencerais à essayer de changer ou de faire une étude de marché pour savoir ce que les gens attendent.

Cette notoriété, je sais que je l’ai quand même voulue parce que cela ne vient pas tout seul. J’ai passé pas mal de temps à me demander si c’est nombriliste ou pas de lancer une page Facebook publique. Au bout d’un moment je me suis dit “fuck, je le fais”. Plus je suis vu, plus je peux faire passer un message.

Contrairement à d’autres humoristes qui se produisent sur les planches, la majeure partie de ton activité se produit en ligne. Quelle est ta stratégie pour rester proche de ta communauté?

Il n’y a pas vraiment de recette magique pour rester proche. Fatalement tu apprends qu’il y a quand même une stratégie. Je me suis un peu foutu de la gueule du métier de community manager. J’ai toujours eu envie de leur demander “T’as voulu faire ce métier parce que t’aimes bien Facebook?”. Avec le changement d’algorithmes de Facebook en début d’année je me suis senti comme un con à avoir besoin d’eux. C’est là que je me suis rendu compte de la complexité de la machine et à quel point les règles étaient importantes.

Ma stratégie n’est pas ultra élaborée: ne pas publier cinquante posts le même jour, ne pas publier des trucs en sachant qu’ils vont faire un four. J’essaie de prendre le temps de répondre à tout le monde. Ce n’est pas une question d’être proche ou pas proche. Tu es comme tu es.

S’il n’y a pas de recette miracle, il y a sans doute des choses à éviter. Quels seraient tes plus mauvais conseils pour…

Yann Marguet
© François Wavre

...choisir sa photo de profil ?

C’est marrant ça. Instinctivement le premier truc qui m’est venu c’est de se prendre en selfie avec un gars que tu considères mieux que toi. Faire comme si tu avais été adoubé par ce mec alors que tout le monde sait que tu es allé le déranger pour avoir un selfie. Genre je suis avec Gad Elmaleh, on est monstre potes. Ou une photo raciste. Non mieux: un selfie avec Dieudonné.

...bâtir une communauté de milliers de followers ?

Alors là j’ai un exemple, c’est un rappeur que je suivais. Il postait tous ses états d’âmes sur sa page Facebook publique, des trucs super émotionnels. Je trouve cela vraiment nul. Les gens qui s’abonnent veulent voir du contenu. Si tu es humoriste ils veulent rire, si tu es musicien ils veulent écouter de la musique.

...publier sur Facebook ?

Mon pire conseil ce serait de ne rien poster. Faire une page où tu postes une vidéo par année. Un bon conseil, notamment dans mon cas, c’est de proposer du contenu exclusif. C’est ce qui justifie d’avoir sa propre page. Pendant très longtemps je n’ai fait que de relayer les contenus des radios pour lesquelles je bossais mais ce sont des choses qui sont uniquement sur une autre page. Aujourd’hui, ma page sert à balancer des trucs inédits. C’est ce qui donne une raison aux gens de me suivre.

...répondre à un commentaire sur Facebook ?

Prendre les choses trop à coeur. C’est chaud parce que c’est le premier réflexe que tu as. Moi je trouve que ne pas répondre c’est la meilleure réponse. Tu ne peux pas faire changer les gens. Rien qu’en leur répondant tu leur donnes raison. Le mieux c’est simplement de les ignorer.

Un dernier conseil?

Restez vous mêmes! Ne changez jamais! [rire]

Non mais sérieusement, il ne faut pas faire ce qui est attendu de nous et changer pour plaire. Cela ne marchera pas. Tu ne peux pas durer si tu n’as pas quelque chose à proposer, une vraie démarche artistique. Il ne faut surtout pas se compromettre pour gagner en popularité.

À retenir :

Yann Marguet s’est fait un nom en créant son propre style. Il le dit lui-même, son humour consiste à incarner ceux qu’il parodie afin de s’inclure dans la critique. C’est une démarche qui est avant tout humble et authentique.

Si l’humilité seule créait les stars, cela ce saurait. D’autres ingrédients entrent également en jeu dans le succès de Yann. En effet, il a tout d’abord su identifier ce qu’aimait son audience et comment lui apporter de la valeur. Il a ensuite localisé où se trouvait son public (YouTube, Facebook et Instagram) et il y maintient une activité soutenue. Chacun de ces médias est utilisé de façon différente, afin de refléter la facette désirée de son positionnement.

Peu importe le canal de communication, le ton utilisé est toujours constant. Il parvient ainsi à communiquer de façon claire et ainsi renforcer son image. Son authenticité, jamais prise en défaut, lui permet d’adopter un rythme de publication intensif sans pour autant paraître arrogant. Il est avant tout humain, ce qui donne envie de le connaître et suivre ses communications.

Et donc : Yann Marguet, c’est qui ?

-> Un barbu coiffé de son éternel bonnet de marin, qui sait se rendre vulnérable pour nous faire rire, mais également réfléchir.

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