Bennaim Yves

FONDATEUR DU THINK TANK 2B4CH

Yves Bennaïm est un pionnier du web qui est actif en ligne depuis 1992. Affichant 25 ans d'expérience dans les technologies digitales, le Genevois se profile aussi comme un expert en cryptomonnaies. Il a été chef de la délégation d'experts pour la Suisse au comité ISO de standardisation des technologies blockchain et grands livres distribués. Ce geek de la première heure est encore fondateur du think tank 2B4CH pour la promotion de Bitcoin et de la technologie blockchain en Suisse. A suivre sur Twitter: @ZLOK

Ripple, la crypto-monnaie des banques?

L'année 2017 fut celle de tous les records dans le monde des cryptos. On a beaucoup parlé du prix de Bitcoin bien sûr, mais il faut mettre cette envolée en perspective de certains autres projets qui ont aussi eu le vent en poupe. Le plus notable en cette fin d'année a été Ripple, dont la valuation a décollé de manière spectaculaire (36'000%) pour le grand bonheur de certains spéculateurs.

Mais si l'on ne regarde que le prix du jeton virtuel, il est assez facile de se tromper sur sa valeur réelle, et c'est justement un bon exemple à comparer avec Bitcoin, pour mieux apprécier les différences entre deux cryptos sans se laisser manipuler par les éventuels effets d'annonce et de mode.

Ripple et Bitcoin sont si différents qu'on pourrait quasiment les classer comme deux espèces séparées. L'idée de base de Bitcoin était de créer un moyen de transfert de valeur indépendant d'une organisation centrale. Le concept de la Blockchain fut ainsi développé pour garantir la validité et la fiabilité des transactions, en distribuant leur vérification à travers le réseau. En revanche, Ripple met en avant sa relative centralisation, sa blockchain n'en est pas réellement une, et tous les jetons ripples (XRP) existent tous déjà (on dit qu'ils sont "pré-minés") et sont détenus en grands partie par un nombre restreint d'acteurs, dont les créateurs du réseau. Enfin, le système de transfert de Ripple fonctionne indépendamment du jeton XRP.

À la suite de Bitcoin sont apparus les "altcoins", des crypto-monnaies alternatives à Bitcoin dont les caractéristiques restent relativement semblables mais proposent de possibles améliorations. On a évidemment en tête Ethereum par exemple, dont le réseau des utilisateurs met au service de sa blockchain une puissance de calcul permettant d'exécuter des programmes comme s'il s'agissait d'un grand ordinateur partagé. Ou Monero qui met l'accent sur la protection de l'anonymat des participants. Ou encore Litecoin, le premier altcoin, clone de Bitcoin en version "allégée" pour faciliter la vitesse des transactions.

Ripple est bien différent des autres altcoins, tant dans son approche que dans ses objectifs. En résumé, Ripple essaie plutôt de concurrencer le système SWIFT, et son but est de faciliter les échanges interbancaires en les rendant plus rapides et plus économiques. Plusieurs grandes banques (dont UBS, Crédit Agricole, HSBC, Bank of America, Santander, et Standard Chartered par exemple) ont démarré des programmes test et intégré Ripple dans le cadre de projets pilotes. Le réseau bénéficie de l'appui de grands noms internationaux, et sa réputation en est évidemment renforcée. En plus des transactions de monnaies fiduciaires nationales traditionnelles comme l'Euro ou le Dollars US, le système permet aussi d'échanger ses propres jetons, les ripples. Mais contrairement à une crypto-monnaie classique comme Bitcoin, les transactions restent validées par un organe central et ne dépendent pas des ripples.

Au commencement de Bitcoin (le réseau) furent minés les premiers bitcoins (les jetons virtuels), et au fur et à mesure de nouveaux bitcoins furent mis en circulation par l'utilisation de la Blockchain, et ça continue encore aujourd'hui, jusqu'à ce que le nombre limite de 21 millions soit atteint. Au commencement de Ripple, tous les jetons furent minés d'un coup, et une partie de ces ripples fut mise sur le marché (environ 15%), une autre partie fut conservée par les fondateurs (environ 20%), et le reste (environ 65%) fut mis de côté pour être injecté dans le réseau plus tard. Pour certains, ça pose problème car, s'il suffit de multiplier le nombre de jetons par leur prix unitaire pour calculer la capitalisation d'une crypto-monnaie, dans le cas où tout a déjà été pré-miné il ne faudrait idéalement ne prendre en compte que les jetons réellement en circulation.

Par exemple, imaginons que quelqu'un crée un clone de Bitcoin nommé "Gigacoin" qui aurait 100 milliards de bitcoins pré-minés, puis vende un de ces gigacoins à 1 USD, en gardant tous les autres gigacoins pour lui-même. La capitalisation de cette crypto-monnaie passerait logiquement à 100 milliards de dollars alors qu'il n'y a en fait qu'un seul jeton disponible sur le marché. Forcément, une telle valuation lui vaudrait d'être placé en tête des classements, ce qui aurait pour effet d'attirer les spéculateurs en tout genre qui ne comprendraient pas forcément sur quoi se base le prix, et qui contribueraient quand même à la bulle en y investissant. Rajoutons à cela les investisseurs qui ont peur d'avoir "raté le train" de Bitcoin et se réjouissent de l'aubaine d'acheter un gigacoin pour seulement 1 dollar, parce que c'est "moins cher que Bitcoin" dont ils ne savent pas qu'on peut aussi bien n'acheter qu'une fraction.

Enfin, on peut mentionner également le manque de décentralisation qui peut évidemment rassurer les banques participant au réseau, car il permet à l'organisme régulateur de geler des fonds en cas de litige par exemple, et place donc Ripple dans la même catégorie que SWIFT, Visa, MasterCard, et PayPal, et l'éloigne des crypto-monnaies décentralisées basées sur une blockchain.

Alors le réseau Ripple a potentiellement beaucoup de valeur et d'avenir car il jouit d'un grand nombre de partenariats avec des entreprises puissantes et influentes globalement, il est difficile de dire avec précision combien vaut réellement un (jeton) ripple, car le nombre en circulation n'est pas clair, et le réseau qu'utilisent les banques n'a pas forcément besoin du jeton XRP pour fonctionner avec les monnaies classiques.

Comme toujours avec les marchés en général et ceux des cryptos en particulier, on peut spéculer sur les mouvements de l'offre et de la demande, mais il faut surtout comprendre le réseau et les gens qui sont derrière le projet, pour comprendre la valeur réelle de celui-ci. Et comme toujours, il est important de faire ses propres recherches pour se forger sa propre opinion, et j'invite toute question ou commentaire ci-dessous, ou via twitter @ZLOK.

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