Oscar Bartolomei5

DIRECTEUR FAMILY OFFICE

Oscar Bartolomei a développé l'essentiel de sa carrière en tant que gestionnaire de fortune international à Genève. Quadrilingue, Il a travaillé pour des établissements bancaires de premier plan: Crédit Suisse, ABN Amro et Lloyds Private Banking où il était responsable Amérique Latine pour la gestion privée. Fort de cette expérience, Oscar a très vite acquis la conviction que seules les structures du type Family Office étaient à même d'offrir un service à la fois global et sur mesure à une clientèle haut de gamme. Spécialisé dans la constitution et le développement de telles structures, Oscar a ouvert un premier Family Office à Genève en 2007. Il est aujourd'hui responsable du développement d'un Family Office à Genève, expert SAQ (Swiss Association for Quality) en Certifications Conseiller Clientèle en Gestion de Fortune.

Rio 2016: les Jeux de trop pour le Brésil

Crédits: Image: IAAF

8 juillet 2014. Stade de Mineirão, Belo Horizonte.

Demi-finale de la Coupe du Monde de football Brésil-Allemagne.

79ème minute : Shürrle signe le 7ème et dernier but allemand.

Ce qui devait être une immense fête pour le Brésil se transforme et devient le pire cauchemar de l’histoire sportive du pays. Un coup d’arrêt brutal au rêve de toute une population pour qui le football est une religion. Hasard des choses, cette défaite s’inscrit aussi dans une très grave crise économique, politique et institutionnelle pour le Brésil. Deux ans après, en plein marasme, le Brésil organise les 31ème Jeux Olympiques de l’ère moderne. Après que la Coupe du monde a été déficitaire. Les Jeux de trop.

Le débat est aussi vieux que l’histoire des Jeux Olympiques: est-il rentable pour un pays d’organiser les Jeux ? Le Brésil, pays organisateur des JO d’été 2016, peut-il espérer un retour sur investissement des sommes pharaoniques investies dans l’organisation de cet évènement planétaire ?

Quelle que soit la réponse, un tant soit peu de réflexion aurait dû amener à un retrait de l’organisation des JO par Rio. Vous ne vous lancez pas dans de telles dépenses lorsque votre économie est à l’agonie.

Le Brésil souffre de la chute des cours des matières premières, ses principaux produits d'exportation, liée au ralentissement de l'économie chinoise.

En 2015, son économie, la première d'Amérique latine, a chuté de 3,8%, plus mauvaise performance de ces 25 dernières années. Pour 2016, il est prévu un recul du PIB du même ordre, puis une croissance zéro en 2017. Le chômage a grimpé à 10,9% en avril et 11,1 millions de Brésiliens sont sans emploi. L'inflation est de 9,33% sur les douze derniers mois.

Pari risqué et folie mégalomane

Le pari d’un hypothétique bénéfice de Rio 2016 est tellement risqué qu’il s’apparente tout au plus à une folie mégalomane. Les JO d’hiver de Sotchi en 2014, les «Jeux de Poutine» comme on les a appelés, sont emblématiques de ces évènements titanesques dont certains n’ont comme ambition que de satisfaire l’orgueil démesuré de leurs gouvernants. Pour mémoire, Sotchi était une station balnéaire avec quelques pistes de ski à deux heures de route… Caprice de Poutine: il a usé de toute la puissance de la Russie pour imposer son choix au CIO. Sachant que l’Autriche était aussi candidate et qu’elle a perdu avec pourtant un dossier beaucoup plus solide et crédible.

Les JO de Sotchi ont été parmi les plus déficitaires de l’histoire. L’ex-président Lulla, aujourd’hui en disgrâce, a fait exactement la même chose: lancer son pays dans l’aventure olympique pour satisfaire son ambition personnelle.

« L'organisation de tels événements est extrêmement coûteuse et la rentabilité semble peu souvent au rendez-vous (Baade et Matheson, 2004b ; Allmers et Maennig, 2009). Une étude entreprise par les mêmes Baade et Matheson (2004b) suggère que, dans la majorité des cas, l'organisation de grands événements sportifs est encore moins rentable dans les pays émergents que dans les pays développés : les pays émergents disposent de moins d'infrastructures et/ou d'infrastructures plus vétustes (stades, complexes hôteliers, aéroports, transports terrestres, etc.), ce qui leur impose de fournir un effort d'investissement plus significatif que les pays développés. Ainsi, afin de légitimer les nombreuses dépenses d'investissement, la rentabilité ex-ante est très souvent largement surestimée (Szymanski, 2002).

Dans le cas des pays émergents, la faible capacité de transport aérien et la hausse du prix des hébergements favorisent l'apparition d'effets d'éviction (Preuss, 2011) : les dépenses publiques augmentent aux dépens de l’investissement privé et la consommation privée diminue. » (Julien Moussavi, 05/06/2014, BSI Economics « Coupe du Monde de la FIFA 2014 au Brésil : est-ce vraiment rentable ? »). Chronique annoncée de difficultés futures pour le Brésil.

La répartition des charges pour les JO

Voici comment se répartissent concrètement les différents coûts d’une organisation de Jeux Olympiques :

« -Les coûts d'organisation : ils sont pris en charge par le CIO, qui abonde le comité d'organisation des Jeux avec les droits de retransmission, les revenus apportés par les sponsors, etc.

- Le coût des équipements sportifs : le CIO y participe, mais les collectivités locales règlent une bonne partie de la facture.

 - Les coûts des infrastructures non-sportives : aéroports, RER, autoroutes, etc. Entièrement pris en charge par les collectivités, ce sont principalement eux qui provoquent les dépassements de budgets.

Souvent, les recettes directes – billetterie, droits télé, sponsors – ne parviennent pas à couvrir les coûts d’organisation, sans même parler des dépenses d’infrastructure. Et quand le comité d’organisation est déficitaire, c’est la municipalité qui doit rembourser. Le record en la matière est détenu par les JO de Montréal, en 1976. Les contribuables québécois ont fini de les payer trente ans plus tard. Parmi les éditions récentes, les comités d’organisation des Jeux de Sydney, Salt Lake City, Athènes, Turin ou Vancouver ont eux-aussi été déficitaires. (Jean Saint-Marc, 08/08/2013, Rue89, « JO, Coupe du monde, Euro : un gouffre financier, forcément ? »)

Dans le cas du Brésil, le budget initial de 12 milliards de dollars a été ramené à 8.99 (!) milliards, essentiellement pour des mesures d’économies de la ville de Rio. C’est-à-dire qu’avant-même le début des Jeux, il n’y a plus d’argent pour financer le projet initial. N’eût-il pas été plus sage d’y renoncer purement et simplement ? La crise économique du Brésil n’est pas récente. Il était encore possible de stopper l’organisation des Jeux il y a quelques années. On imagine dès lors l’état des comptes lorsqu’il faudra combler un très probable déficit à la clé.

L’excuse de l’enthousiasme populaire, si souvent mise en avant lors de l’organisation d’évènements tels que les JO, ne s’applique pas dans le cas particulier des Jeux de Rio. Malgré ce que veulent nous faire croire les médias, surtout télévisés, dont l’objectif premier est de satisfaire leurs annonceurs lors des futures retransmissions, le Carioca (habitant de Rio), n’est absolument pas enthousiasmé par l’organisation des JO dans sa ville. Autant l’organisation de la Coupe du monde 2014 avait pu détourner pendant quelques semaines le Brésilien de ses problèmes quotidiens, autant la tenue des JO le laisse indifférent. Au mieux.

Les crises se multiplient au Brésil

Car, aux problèmes économiques du pays qui, je le répète, auraient dû conduire à l’annulation des Jeux, s’ajoutent les scandales de corruption liés au groupe étatique pétrolier Petrobras qui ont plongé le pays dans une profonde crise institutionnelle. Scandale qui a éclaté avec les révélations d’un montage généralisé de pots-de-vin, versés par les principales entreprises de BTP à des directeurs de Petrobras en échange de contrats. Une partie de ces pots-de-vin, qui ont coûté à Petrobras plus de deux milliards de dollars en dix ans, a été reversée au Parti des Travailleurs de l’ex-président Lulla. Le scandale Petrobras a éclaté en pleine campagne présidentielle pour la réélection de la présidente Dilma Rousseff en 2014. Mais vite suivie par une demande de l'opposition d’une procédure de destitution parlementaire de la présidente, accusant le gouvernement d'avoir maquillé les comptes publics.

A ce climat désastreux s’ajoute un climat d’agitation sociale historique pour le Brésil. Il a débuté en 2013, dénonçant -entre autres- la facture colossale de la Coupe du Monde 2014. Déjà. Coupe du Monde qui s’est depuis soldée par un déficit et par la construction de stades aujourd’hui inutilisés. Le stade de Brasilia est symptomatique de cet argent inutilement dépensé : c’est le deuxième stade le plus cher du monde (on parle de 500 millions de dollars)… pour une ville qui ne possède pas d’équipe de football!

Crise économique, crise politique, crise institutionnelle, crise sociale.

Cet inventaire malheureux qui affecte le Brésil depuis plusieurs années ne va pas s’arrêter le temps d’un record du monde. Si les Olympiades grecques étaient des périodes de trêve guerrière et de paix, l’organisation aujourd’hui par le Brésil de Jeux Olympiques dans de pareilles conditions ne va pas miraculeusement assainir le pays. Elle risque au contraire de l’enfoncer encore plus lorsqu’il faudra faire les comptes d’après Jeux. En football, on appelle cela un autogoal.

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