Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

REVUE/"Genava" 2015 est enfin sorti, mais le MAH jette l'éponge pour la suite

Crédits: Musée d'art et d'histoire, Genève

Le dernier numéro de «Genava», la revue annelle des Musée d'art et d'histoire de Genève est arrivé. Oh, je vous rassure tout de suite! Ce n'est pas l'édition de 2016 qui est tombée fin décembre dans la hotte du Père Noël, mais celle de 2015. Il y a bien longtemps que cet annuaire ne paraît plus dans les temps voulus mais, à force de dériver, il a maintenant un an de retard. La chose s'explique d'autant plus mal que le nombre de pages a fondu depuis le temps déjà lointain (2002-2007) où la regrettée Claude Ritschard s'en occupait. Moins de la moitié. Il faut dire que «Genava» ne sert plus de débouché logique à l'archéologie genevoise et qu'il n'y a plus tant de raisons que ça de donner un large espace aux nouvelles acquisitions. 

Présentée sous une élégante couverture rouge brique, la revue actuelle se voit pour l'essentiel consacrée aux arts appliqués, soit les ex-arts décoratifs. Il s'agit d'un point essentiel des collections. Il y a en plus eu un passage de témoin en 2016. La byzantinologue Marielle Martiniani-Reber a pris sa retraite. Bénédicte de Donker la remplace désormais. Il fallait, comme on le dit, marquer le coup. C'est fait avec divers articles se révélant, je dois le dire, tout à fait lisibles même pour un public peu informé. Différentes études se suivent. Assez courtes. L'une porte sur une prestigieuse commode de laque rouge entrée au Musée avec la Fondation Prévost. Authentique? Fausse? Ou déjà transformée au XVIIIe siècle? C'est cette dernière hypothèse qui se révèle la bonne.

Adieu au papier 

Un autre texte se penche sur l'inaliénabilité des collections du MAH. Toute règle connaît ses exceptions. Brigitte Monti se penche sur quelques cas de restitutions ou d'échanges, de la cloche de Shinagawa, rendue aux Japonais en 1929, aux fresques romanes de Cazenoves, renvoyées il y a quatorze ans en France. On sait qu'il s'agit là d'un point sensible. Le lecteur sent la position qu'aimerait adopter le bien pensant MAH à la dernière phrase de la conclusion. Rendre est «généreux.» Il s'agit d'«une conception contemporaine large de la notion de biens publics, qui permet de déplacer des œuvres d'art au sein d'un patrimoine conçu comme mondial.» 

Comme je l'ai déjà dit, l'ensemble se lit assez agréablement. On pourrait admettre, en regrettant les pertes de substance, que «Genava» (fondé en 1923 par Waldemar Deonna) a trouvé une nouvelle vitesse de croisière. Il n'en est hélas rien. La préface du directeur Jean-Yves Marin le dit clairement. «La version papier est devenue obsolète.» Elle coûterait en plus toujours davantage. Trop pour un pôle muséal qui reçoit pourtant 33,5 millions de subventions municipales. Infiniment moins doté, le Mamco arrive pourtant à maintenir à flots une maison d'édition produisant une bonne dizaine de volumes (parfois très volumineux, d'ailleurs) par an...

Numérisations 

En conséquence, «Genava» papier va donc disparaître. Il semble qu'il y aura encore une édition 2016. Je connais des gens qui y travaillent. Après, rideau! Tout sera sur le site du musée. Mais alors là, je vous préviens tout de suite. Un site doit régulièrement et abondamment se voir alimenté. Autrement, pas de lecteurs. Je veux bien que les quelque 30 000 pages imprimées depuis 1923 (première série de 1923 à 1952, seconde de 1953 à nos jour) seront numérisées. Mais il faudra actualiser cette manne avec un deux deux responsables maniant la férule pour activer la production d'articles contemporains. Puisqu'on en est à ce chapitre, je précise que cette édition a été coordonnée par Catherine Terzaghi et Jean-Luc Chappaz, qui sera, lui, bientôt à la retraite.

Pratique 

«Genava», nouvelle série, No 63, sous la direction de Catherine Terzaghi et de Jean-Luc Chappaz, 160 pages.

Photo (Musée d'art et d'histoire, Genève): Quelques rouages byzantins. On ne pouvait pas éviter Byzance en évoquant le départ de Marielle Martiniani Reber.

Ce texte est accopagné d'un autre, une case plus bas, sur les dernières nouvelles du MAH.

Prochaine chronique le samedi 7 janvier. Nancy rend hommage au peintre Emile Friant, mort en 1932. Le dernier naturaliste?

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