Aline Isoz

CONSULTANTE EN TRANSFORMATION DIGITALE

Aline Isoz officie en tant qu’experte en transformation numérique auprès des entreprises et institutions romandes et est notamment membre du comité du Cercle suisse des administratrices, experte Vigiswiss (association suisse des data centers) et de conseils consultatifs. Depuis la création de son entreprise Blackswan en 2010, elle intervient régulièrement dans le cadre de conférences ou d’ateliers thématiques auprès de décideurs, d’administrateurs de société et commente également les enjeux liés au numérique dans les médias en tant que consultante, et en tant que chroniqueuse pour le magazine Bilan et le quotidien Le Temps. En 2015, elle a lancé alineisoz.ch, une initiative de coaching et d’accompagnement digital pour les PME romandes.

Parallèlement à ses activités professionnelles, Aline Isoz a mis sur pied une délégation suisse de femmes actives dans le numérique invitée à la Journée de la femme digitale à Paris

Respice finem.*

« Nous allons perdre le contrôle ! » Non, il ne s’agit pas de l’extrait d’un dialogue entre George Clooney et Sandra Bullock dans l’espace intersidéral de l’univers (pléonasme ?), mais de la phrase que j’entends le plus souvent lorsqu’on évoque l’éventuelle entrée d’une entreprise dans le monde terrifiant des médias digitaux. Car si les astronautes redoutent désormais de se heurter aux déchets en orbite autour de la terre, les entreprises et leurs responsables craignent avant tout de ramasser un retour de bâton bien réel dans le monde virtuel.

Quelle que soit la définition que l’on donne au mot contrôle (maîtrise, surveillance), je suis toujours aussi surprise, après 4 ans, de voir à quel point la prise de pouvoir inhérente à une stratégie digitale bien menée est encore sous-estimée. Si l’absence garantissait le contrôle, nous serions tous à l’abri des commentaires négatifs sur nos humbles personnes lors de soirées auxquelles nous ne sommes pas conviés ou pas présents par choix. Or, comme la nature humaine cumule généralement couardise et amour du commérage, l’absence des uns fait le bonheur des autres, surtout quand il s’agit d’en dire du mal (ou pas que du bien).

A titre d’exemple, lorsque je me suis « lancée » en solitaire (à chacun sa Route du Rhum), les éléments présents sur la toile me concernant ne reflétaient que moyennement l’image que j’avais, moi, envie de promouvoir. A force de publications, d’interventions, de chroniques et autres contenus signés de ma plume, de photos postées par moi (et donc approuvées), j’ai vu mon personal branding évoluer de « ce que l’on disait de moi » vers « ce que j’avais envie que l'on sache de moi ». Ca, c’est juste à mon échelle infime de contributrice volontaire, avec pour seul budget les heures que j’y ai consacré : imaginez le pouvoir d’une entreprise conseillée par des pros, avec un budget ou des ressources dédiés…

Ce qui est le plus étonnant, c’est qu’à force de lire que « le consommateur a pris le pouvoir », même les entreprises ont fini par y croire. Hélas… Au risque d’en décevoir quelques-uns, le plus beau tour de force des experts en communication a été de faire croire au consommateur qu’il avait pris le pouvoir, alors que jamais autant qu’aujourd’hui, le pouvoir de l’entreprise n'apparaît aussi pleinement. L’épisode de Greenpeace en 2010 n’a pas eu pour conséquence de mettre Nestlé à genoux ou de faire boycotter ses produits : il a eu pour effet de produire la brigade digitale la plus efficace jamais vue, pilotant sa présence sur les médias digitaux et les réseaux sociaux avec une précision et des frappes chirurgicales décimant les détracteurs avant même que leur voix n’ait pu atteindre quelque mégaphone virtuel que ce soit.

Oui, cela prend du temps. Ce brave Jean de la Fontaine disait: "rien ne sert de courir, il faut partir à point". Sauf que "à point" ne figure dans aucun calendrier, ni sur aucune montre ou horloge. Du coup, admettons que lorsque vous commencez à vous demander si vous devez y aller, c’est que c’est le bon moment. Il faut parfois faire simple : la vie est déjà si compliquée. Et même si vous vous trompez, si vous commettez des erreurs, rien n’est irrémédiable. S’il y avait eu autant de boycotts que de bad buzz pour les entreprises, Coop et Migros auraient des étals un peu moins remplis et vous mangeriez des produits prioritairement approuvés par des internautes de plus en plus exigeants…

Perdre le contrôle, c’est subir, ignorer, laisser dire ce qui est faux par crainte d’avoir à se justifier en permanence, de devoir surveiller, de devoir s’impliquer, prendre position. Alors peut-être est-ce lié à la culture helvétique, tout simplement ? Déjà que nous avons de la peine à avoir un avis, alors le donner… Quant à parler de soi, chez nous, cela confine à une forme d’exhibitionnisme impudique, une agression empreinte d’arrogance, bien loin de la discrétion qui a fait notre succès dans certains domaines.

Finalement, la question n’est peut-être pas tant de savoir si on a peur de perdre le contrôle, que de déterminer à quel point on a envie de le prendre. Ou, plus vertueusement, d’aller simplement à la rencontre des autres pour savoir ce qu’ils pensent de nous afin de tenter de faire en sorte que l’écart avec ce que NOUS pensons de nous ne soit pas trop grand…

 

*Considère la fin

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