Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Réformons la Banque nationale suisse

Ils tiennent le destin économique de la Suisse entre leurs mains! Les responsabilités des trois membres de la direction générale de la Banque nationale suisse (BNS) sont énormes.

C’est pourquoi les questions liées à l’indépendance et à la gouvernance de l’institut d’émission, ainsi que les exigences de la transparence de la politique monétaire, reviennent sur la table lorsque ses décisions engagent l’avenir du pays. Depuis le 15 janvier dernier, l’abandon de l’arrimage du franc à l’euro suscite critiques et incompréhensions parmi les acteurs politiques, économiques et académiques. 

Une indépendance illusoire

Même si le franc poursuit sa détente vis-à-vis de la devise européenne dans les prochains mois, la Suisse doit mener un débat sans tabou sur les structures et les missions de la BNS. Trois personnes peuvent-elles décider, seules, de l’avenir du pays? Leur indépendance est-elle vraiment entamée si leurs réflexions s’appuient aussi sur celles des membres du Conseil fédéral? Faut-il redéfinir les missions attribuées par la législation à la BNS, à commencer par celle qui est toujours considérée comme prioritaire: la lutte contre l’inflation? 

Alors que la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne publient les minutes de leurs réunions, la BNS ne communique pas. On ne connaît ainsi pas l’évolution de ses réflexions sur la politique monétaire et sur l’environnement économique. Une obligation de transparence renforcerait sans aucun doute la crédibilité de ses dirigeants. 

Les réponses à ces questions appartiennent aux parlementaires fédéraux: ce sont eux qui définissent le cadre dans lequel évolue la BNS. Avec la nouvelle législature qui sera élue le 18 octobre prochain, le contexte semble propice à une révision de ses missions, pour autant que les acteurs politiques ne se perdent pas dans des considérations idéologiques et dogmatiques. 

Ils doivent surtout garder à l’esprit que la marge de manœuvre de la BNS est limitée. Cette dernière navigue souvent entre Charybde et Scylla. Lorsqu’elle décida de fixer un taux plancher de 1,20 franc vis-à-vis de l’euro, elle perdit toute autonomie. Inversement, elle retrouva sa souveraineté en mettant un terme à l’arrimage du franc, mais le prix à payer est lourd: un déficit de 50 milliards au premier semestre, un recul du produit intérieur brut de la Suisse, des milliers d’emplois supprimés, un manque à gagner important pour les collectivités publiques et des taux d’intérêt négatifs. 

L’indépendance de la BNS est une illusion: sa politique dépend de l’environnement économique international et de l’action des autres banques centrales. C’est dans ce cadre qu’une réflexion sur ses missions et sa gouvernance s’avère indispensable.

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