Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

RÉÉDITION/"La valeur de l'art contemporain" résume bien la question

Crédits: DR/Le journal des arts

J'avais manqué la sortie du livre en février 2016. Il faut dire que si les ouvrages du PUF (Presses universitaires de France) se trouvent déjà peu sur les tables des libraires parisiens, ils ne connaissent quasi aucune diffusion en Suisse. Heureusement, ce petit volume a fait son chemin. Publié sous la direction d'Annie Cohen-Solal et de Cristelle Terroni, «La valeur de l'art contemporain» en arrive aujourd'hui a sa troisième édition. Il faut dire que cette production collective a le mérite d'expliquer brièvement ce qui prend en général des pages et des pages. 

«Valeur». Ce mot possède un double sens. Il peut en effet s'agir d'une importance artistique comme d'un chiffre commercial. Or il semble clair, depuis les années 1980, que les deux choses s'interpénètrent de manière inquiétante. Le beau et le bien ne serait-il pas ce qui vaut le plus cher? Il n'existe hélas plus d'autres critères. Le temps n'a en plus pas opéré ses tris, ceux-ci pouvant cependant changer au fil des générations. Il n'y a donc pas trop de cinq plumes (et de cinq cerveaux) pour réfléchir sur le marché de l'art, le collectionnisme et la création. Surtout française. Mais Cléa Patin donne un excellent éclairage avec son texte sur la création contemporaine japonaise, qui contrairement à la chinoise, ne connaît aucun écho international à part Murakami. Il n'y a pas que la France à ne plus savoir s'exporter, avec les incidences sur la cote. Anne Martin-Fugier rappelle que l’œuvre la plus chère d'Ange Leccia (1) chez sa galeriste Almine Rech vaut cinq fois moins cher que la meilleure marché des poulains étrangers de cette dernière.

Conforts de lecture divers 

L'ouvrage contient de contributions d'intérêt très divers. La chose tient moins à la qualité de la réflexion qu'à celle de l'expression. Osons le dire. Certains universitaires écrivent comme des pieds. Ils produisent aussi beaucoup de texte parasitaires. Avec «Comment définir l'art contemporain?», Cristelle Terroni se contente de démarquer en termes abscons un livre de Nathalie Heinrich, la grande référence française sur ce sujet avec la pionnière Raymonde Moulin. En revanche, rien de plus clair et de plus agréable à lire (et ça compte, le confort de lecture!) que de l'Annie Cohen-Solal ou de l'Anne Martin-Fugier, dont je vous ai souvent recommandé les publications. 

Un dernier chiffre pour terminer. Quand elle aborde l'art contemporain, la presse ne parle que de records et de spéculations. Or, en terme de volume (plus d'un million d'euros), comme le rappelle Annie Cohen-Solal, le très haut de gamme ne représente que le 0,32 pour-cent du marché. Et si on regardait une fois du reste?

(1) Ange Leccia est l'auteur de la vidéo en forme de rideau que propose dans sa présentation permanente le MEG genevois. 

Pratique

«La valeur de l'art contemporain», sous la direction d'Annie Cohen-Solal et Cristelle Terroni, aux éditions PUF, 105 pages.

Photo (DR/Le journal des arts): Angle Leccia, qui n'a pas réussi sa percée internationale. Mais sans regrets, comme il le dit dans le livre.

Texte intercalaire.

 

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