Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

RÉÉDITION/Corinne Jaquet séquestre pour un polar Roger Pfund à Carouge

Crédits: Tribune de Genève

Où a passé Roger Pfund? Le graphiste genevois a disparu sans crier gare. Hier soir encore, il était là dans un bistrot de Carouge. Aujourd'hui, il s'est volatilisé. Ses collaborateurs s'interrogent. La police, elle, craint un enlèvement. Un homme qui dessine si bien des billets de banque pourrait bien avoir été enlevé pour en fabriquer de nouveaux. D'autres pistes se dessinent aussi pour le commissaire Simon, qui voue à Pfund une haine toute particulière. C'est bien sûr ailleurs que se situera la vérité, qui ne se soucie pas toujours de vraisemblance. 

Corinne Jaquet avait écrit «Fric en vrac à Carouge» il y a vingt-cinq ans. Le livre se situait dans la série de ses polars de quartier. On sait que la Genevoise s'est mise sur les traces de Léo Malet, l'homme des Nestor Burma, qui avait juré de signer un polar par arrondissement. L'action devrait en bonne logique devenir le personnage principal du livre. Il ne l'est pas. La cité sarde sert ici de simple décor pour une histoire très compliquée dont Pfund se retrouve le héros à la fois réel et imaginaire. «Je n'ai fait qu'une seule fois l'expérience de construire une énigme autour d'un personnage vivant», explique l'auteur. «Je ne le ferai certainement plus dans un roman policier, car cela m'a ôté de la liberté et causé des difficultés de commercialisation.»

Récrit pour l'occasion 

L'ouvrage a été récrit pour sa réédition. Il reste cependant clairement ancré au début des années 1990. La chose fait penser à quel point le monde a changé depuis. Nous restons ici dans un univers sans portables et sans réseaux sociaux, avec un Carouge plus chaleureux et moins bobo. Bien des enseignes ont changé depuis. Christa de Carouge est morte début 2018. Quant à Roger Pfund, il termine sa carrière à Genève même, toujours aussi pontifiant (je précise qu'il s'agit pour Corinne d'un ami) avec une santé un peu chancelante. De la peine à marcher. La dernière fois que je l'ai vu, en mars, c'était assis à son vernissage à la galerie Artveras... rue Etienne-Dumont. Il y a exposait des modèles hyper-sophistiqués de billets de banque et quelques tableaux à des prix faramineux. Si vous en voulez vraiment de meilleur marché, il y en a souvent se seconde mains dans les ventes aux enchères. 

Corinne Jaquet demeure un auteur inégal. Il y a chez elle du bon («Zoom sur Plainpalais», 2011, «L'ombre de l'Aigle», 2014) et du moins bon («Aussi noire que l'encre», 2013). «Fric en vrac à Carouge» se situe, sans prétendre à la grande littérature, parmi les productions les plus heureuses de l'auteur. J'avoue avoir pris un secret et coupable plaisir à voir Roger Pfund séquestré et malmené. Je ne garde pas le meilleur souvenir de mes rares contacts avec lui. Et je n'aime pas ses tableaux.

Pratique 

«Fric en vrac à Carouge», de Corinne Jaquet, Collection Le Chien jaune, 318 pages.

Photo (Tribune de Genève): Corinne Jaquet, journaliste judiciaire devenue autour de romans policiers.

Texte intercalaire.

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