<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Redevenir pragmatique

Ses travaux viennent de révéler l’ampleur du désastre quant à la gestion de la crise UBS par le Conseil fédéral.

Attentisme, désorganisation, craintes de fuites, incapacité de travailler et décider en groupe: si les Suisses avaient encore un doute sur la mort de notre système politique, ils ne devraient plus cette fois en avoir. Reste à convaincre les partis politiques que l’exécutif est un vrai job, un pouvoir même, au risque sinon de galvauder la souveraineté de la Suisse.

Il est dès lors malaisé de savoir ce qu’il faut faire de l’accord de double imposition négocié avec les Etats-Unis. Faut-il entériner un mauvais accord passé par notre calamiteux gouvernement dans une période d’intenses pressions sur la Suisse? Présenté comme cela, tout le monde a envie d’envoyer l’Oncle Sam se faire voir et de militer pour la protection des clients américains venus déposer leur fortune dans des banques suisses en toute confiance. Reste que les temps sont particulièrement graves pour le pays et qu’il faut activer un mécanisme de sortie de crise plutôt que d’entrer dans une nouvelle.

D’ailleurs, pouvons-nous décemment dire aux Américains que le gouvernement suisse a oublié que le peuple devrait ratifier l’accord passé avec eux? Jamais, sous peine d’enlever tout ce qui reste de crédibilité à la signature de notre gouvernement sur la scène internationale. Et, dans un second temps, se voir peut-être inscrit sur la liste des paradis fiscaux et voir enfin les multinationales américaines installées ici pour certaines depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale plier bagage. Qu’en est-il des clients américains, purement et simplement livrés à la justice de leur pays? Les temps changent, Washington se montre plus regardant, Berne doit s’adapter à la nouvelle réalité mondiale qui fait qu’il n’est plus possible de faire semblant de croire que les gens ne sont pas là en grande partie pour échapper à leur fisc. Bref, il faut signer cet accord même si notre système juridique est malmené. Il n’empêche que personne ne sait si, une fois l’accord signé avec les Etats-Unis, les pressions ne vont pas reprendre de plus belle. Avec les Etats-Unis et les autres. Il sera temps alors de réformer notre gouvernance, de repenser un système d’organisation de l’exécutif qui permette de décider par tous temps. Bref, redevenir pragmatique.

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