Campiotti Alain

JOURNALISTE

S'il hésitait entre Pékin et New York, Alain Campiotti choisirait-il Lausanne, où il vit maintenant? Journaliste, il a surtout écrit hors de Suisse, pour 24 heures, L'Hebdo, Le Nouveau Quotidien et Le Temps, comme reporter ou comme correspondant. Terrains de prédilection: la Chine, les Etats-Unis et le Proche-Orient au sens large. Autrement dit le monde qui change et qui craque.

Quoi? Hillary Clinton veut sauver les éléphants!

Le livre n’existe pas, mais vous pouvez déjà l’acheter sur Amazon avec un substantiel rabais : 25,30 dollars au lieu de 40. Il n’a pas encore de titre, mais une blonde en couverture. Et un auteur : HRC.

Les mémoires d’Hillary Rodham Clinton, secrétaire d’Etat (2008-2012), paraîtront en juin chez Simon & Schuster. C’est déjà l’événement éditorial et politique de l’année aux Etats-Unis. L’ex-Première dame, épouse d’un possible Premier homme, entourée de conseillers et de nègres informés, soupèse depuis des mois chaque mot de ce livre qui sera une arme autant qu’une lecture.

Pour le moment, rien n’a transpiré de son contenu. Quand elle n’est pas enfermée avec le manuscrit à Chappaqua (la résidence du couple au nord de New York), Hillary Clinton donne dans des cercles fermés des conférences très bien rémunérées, qui ne font guère de bruit sauf quand elle compare, comme l’autre jour, Vladimir Poutine à Adolf Hitler. Ou alors elle se bat pour les éléphants.

Ce n’est pas une plaisanterie. L’éléphant, naturellement, est le symbole du parti républicain, et HRC n’a jamais ménagé ses adversaires politiques. Mais elle a aussi un cœur : avec Chelsea, sa fille, elle a pris la tête d’une campagne mondiale afin de sauver les éléphants d’Afrique que les braconniers et les trafiquants pourchassent (95 victimes chaque jour) pour leur ivoire.

D’une main, elle protège les pachydermes, de l’autre elle affronte les bêtes à trompe qui veulent l’empêcher de retourner à la Maison Blanche.

Hillary Clinton n’a pas annoncé sa candidature à l’élection présidentielle de 2016, mais sa campagne bat pourtant son plein. Le parti démocrate a déjà fait d’elle sa favorite, loin devant tous les autres postulants. «Priorities USA», le comité d’action qui a assuré financièrement la réélection de Barack Obama, est depuis le début de l’année mobilisé en sa faveur. Et le livre qui va paraître est bien sûr son instrument de choix.

La preuve que le combat est engagé vient aussi de droite. Le parti républicain a déjà enrôlé des chercheurs pour allumer des contre-feux. Ils réunissent des informations pour dégrader les quatre années d’HRC à la tête de la diplomatie américaine. On sait déjà que la première attaque portera sur la Libye et l’assassinat de l’ambassadeur des Etats-Unis à Benghazi. Ce n’est pas la seule munition. Les archives publiques et privées sont labourées pour dresser le portrait d’une femme arrogante et sans pitié.

C’est de bonne guerre américaine. Mais Hillary Clinton doit aussi se battre dans son propre camp. Comme son mari, elle a lié jusqu’à présent sa carrière au courant modéré du parti démocrate, à ce qu’on a appelé la «troisième voie», qui a l’appui d’une partie de l’establishment entrepreneurial et financier des deux côtes. Or ces centristes, dans le parti, n’ont pas le vent en poupe.

Dans les années de crises, la gauche démocrate a repris du poil de la bête. La critique des inégalités qui se creusent dans la société américaine alimente un nouveau discours populiste dans lequel se reconnaissent une bonne moitié des électeurs démocrates. Et cette gauche a désormais des figures de proue : Bill de Blasio, le nouveau maire de New York, et surtout la sénatrice Elizabeth Warren. Cette juriste de Harvard est devenue la bête noire des banquiers qu’elle défie avec une grande fermeté et une compétence impressionnante ; après une année au Sénat, c’est une star.

Hillary Clinton, si son combat présidentiel va jusqu’au bout, devra composer avec ce parti qui s’est éloigné des positions centristes. C’est son problème : les candidats démocrates militants, qui flattent la gauche, perdent chaque fois les élections. Car aux Etats-Unis, il ne faut pas crier trop fort pour affronter les éléphants.

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