<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Qui siffle la fin de la récré?

C'est le débat qui finit forcément par un coup de sifflet du maître qui sonne la fin de la récré.

Un peu comme celui sur la cigarette ou sur les limitations de vitesse. La question pour le cours de philo du jour, et pour paraphraser la liste des interdits précédents, est la suivante: à quelle vitesse autorise-t-on les banquiers à fumer à nouveau les bénéfices de la banque ou - de manière plus directe - à percevoir à nouveau de mirifiques bonus.

L'heure est à la frugalité, paraît-il. Mais c'est un discours de façade. L'heure est en fait à l'«abondance frugale», un concept marqueur de l'hypocrisie du moment que nous vivons. Nicolas Sarkozy qui veut limiter les bonus dans le monde entier n'a-t-il pas depuis la crise troqué sa Rolex contre une Patek Philippe? C'est moins voyant mais pourtant plus cher...

Vous le verrez dans notre dossier sur le salaire des patrons, pas grand-chose n'a changé. Les CEO et présidents gagnent toujours très bien leur vie, crise ou pas. Reste que l'amalgame est fréquent entre ce que touche un industriel à la tête d'une entreprise de 300 000 collaborateurs et ce que perçoit un trader de 28 ans responsable d'un petit pactole au sein d'une banque. L'un ne l'a pas volé, l'autre ferait bien de prendre garde de tout rendre.

La question de l'intérêt supérieur se pose. Le patron du gendarme boursier anglais a jeté un pavé dans la mare en déclarant qu'«une bonne partie des activités de la City n'avaient aucune utilité sociale». Il ferait mieux de s'attaquer à la régulation des agences de notation. Ces dernières ont été diagnostiquées comme un agent propagateur de l'infection de la dette lors de la crise. Pourtant, personne n'attaque de front le problème, à commencer par le G20.

Alors les gros salaires et bonus, c'est mal? Non, quand ils ne poussent pas au suicide par le feu des flammes de la convoitise. Le Credit Suisse l'avait compris et mis en place une structure de rémunération qui a permis à la banque d'éviter les comportements extrêmes à UBS. Résultat, le CS a passé la crise haut la main. L'appât du gain ne faiblira pas tant qu'il y aura une forme de vie humaine sur terre. Ceux qui paient doivent simplement fixer un prix: les actionnaires de Royal Dutch Shell, excédés par les rémunérations trop élevées, viennent de sortir le chef du comité de rémunération du conseil. Le coup de sifflet doit venir des actionnaires.

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