Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Qui seront les derniers illettrés numériques?

A l’occasion de la rentrée scolaire, la Suisse a fait ressurgir l’un des serpents de mer à propos desquels elle adore se déchirer: la priorité à l’apprentissage d’une autre langue nationale plutôt qu’à l’anglais. Enième redite du débat des anciens et des modernes? Oui, sauf qu’en l’espèce les modernes ne l’étaient guère.

Dans le même temps, les Anglais, il est vrai peu concernés par l’apprentissage des langues étrangères, ont pris une sérieuse option dans l’adaptation de leur système éducatif à la modernité numérique. Le curriculum des petits Britanniques rend obligatoire l’apprentissage de la programmation informatique dès 5 ans.

Précurseurs, les Britanniques ont probablement déclenché une vague qui va déferler dans de nombreux pays. L’Estonie a déjà fait un choix identique. La Finlande – l’éternel numéro un des études PISA de l’OCDE sur la performance de l’enseignement scolaire – ainsi que Singapour envisagent l’enseignement obligatoire de la programmation pour les élèves du primaire en 2016.

En France, la secrétaire d’Etat au numérique Axelle Lemaire a expliqué cet été qu’il faut «enseigner le code informatique à l’école comme on y enseigne les langues étrangères».

Ceux qui défendent cet enseignement des sciences de l’information sur le même plan que les maths ou l’histoire-géo ont des arguments de deux ordres: pédagogique et économique. Mitch Resnick, directeur du groupe Lifelong Kindergarten au MIT Media Lab, a résumé les premiers lors d’un TEDx en 2012.

«Les jeunes d’aujourd’hui ont une grande expérience et une grande facilité pour interagir avec les nouvelles technologies, mais beaucoup moins pour créer et s’exprimer avec. C’est un peu comme s’ils savaient lire, mais pas écrire avec les nouvelles technologies.»

Lui-même a contribué au développement de Scratch, un logiciel de programmation qui permet aux enfants de facilement créer un objet numérique, comme une histoire ou un jeu.

L’autre argument a été exprimé, sans détour, par le président Barack Obama en décembre 2013. Pour lui, cet apprentissage est crucial pour la prospérité future des Etats-Unis. Depuis, le pays a mis ses écoliers en ordre de marche.

Les écoles publiques de Chicago, de New York, de Denver ainsi que celles d’une bonne partie des Etats du Massachusetts et de Washington ont rendu l’enseignement des sciences de l’information obligatoire.

Signe de l’importance économique de cette démarche, l’Association code.org a mobilisé cet été une avalanche d’entrepreneurs comme Bill Gates ou Mark Zuckerberg pour convaincre 41  millions de personnes de suivre une heure de cours de programmation.

La programmation pour tous

En Suisse aussi, les lignes commencent à bouger. Depuis 2006, la Fondation Hasler milite pour que l’informatique soit enseignée à l’école, non pas sous l’angle de l’utilisation mais de la création et de la production. Grâce à un don de 4  millions de francs, elle était déjà parvenue à mettre en 2009 l’informatique parmi les options complémentaires des élèves de gymnase.

Certes, le dernier plan d’études qui s’applique dans les cantons romands a ramené l’informatique à une compétence générale. Mais il s’agissait précédemment plus de maîtrise des outils bureautiques que de programmation.

Selon la Fondation Hasler, qui a publié l’an dernier le rapport informatique@gymnase, le plan d’études 21 a repris le thème de l’enseignement obligatoire de la programmation informatique.

La multiplication des initiatives dans d’autres pays rend crédible son adoption. Et la démocratisation de l’accès à certaines plateformes comme Arduino ou Rapsberry Pi pourrait la faciliter. A l’EPFL, le Centre Roberta utilise Lego Mindstorms pour initier 300 écoliers par an.

Bien sûr, il y aura débat. Mais il ne s’agit pas ici de trancher entre l’utilité d’un apprentissage pour les besoins de l’économie ou le besoin d’une formation adaptée à la numérisation de la société. Les deux sont indispensables. Sauf à réserver le savoir numérique à une petite élite.

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