RÉDACTEUR EN CHEF ADJOINT À BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef adjoint à Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également responsable du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches.

Qui défend les propriétaires?

Une chose est sûre: si les élites se précipitent au chevet des grandes sociétés (et c’est tant mieux), c’est en revanche le désert en ce qui concerne le soutien des petits propriétaires et des personnes privées. Prenons l’exemple de la Banque nationale suisse et de la Finma. Ces entités ne cessent de durcir les conditions d’accession à la propriété. Leur motivation? Prévenir le risque de surchauffe hypothécaire. Certes, mais en étant trop protecteur, on finit par asphyxier la reprise économique.

A vouloir éviter que les banques prennent trop de risques de bulle en investissant massivement dans les prêts hypothécaires, on freine aussi la croissance et on favorise le maintien de taux négatifs. En empêchant les banques de prêter trop d’argent à ceux qui jugent le moment opportun d’investir dans la pierre, la BNS empêche le citoyen lambda d’améliorer le rendement de son épargne. Autrement dit, personne ne se soucie de défendre les intérêts de la classe moyenne qui souhaite accéder à la propriété. Seule une minorité des élus du centre défend à Berne ce qui est pourtant inscrit dans la Constitution fédérale. Qui dirige? Le Conseil fédéral ou la BNS? La réponse est connue. Elle pourrait même prêter à sourire si les conséquences de cette faiblesse n’étaient pas aussi pénalisantes pour une bonne partie de la population de ce pays. 

Il semble que la question qui hante désormais la BNS soit : que se passera-t-il le jour où les taux remonteront? Après de multiples vérifications, la BNS aurait constaté que les banques pourraient absorber sans conséquence une hausse de taux de 2% (si ceux-ci passaient de 1 à 3%). Logique puisque les établissements bancaires ont été encouragés à renforcer drastiquement leurs fonds propres et, qu’en plus, ils ont rendu l’octroi de crédits plus difficile. 

Dès lors, pourquoi la BNS veut-elle rendre probable un scénario très peu plausible vu les fondamentaux de l’économie mondiale, soit une remontée des taux extrêmement forte sur un court laps de temps? Vouloir contraindre les banques à augmenter encore davantage leurs fonds propres aurait des conséquences néfastes pour l’économie en général. 

Il est temps que nos dirigeants fassent entendre raison aux élites de la BNS et de la Finma. Il est temps qu’un certain bon sens règne de nouveau à Berne. A trop vouloir corseter les établissements financiers, ces technocrates prennent le risque de favoriser une plus grande crise de confiance des consommateurs. La déflation a aussi ses effets pervers. D’ailleurs, on ne peut que regretter que les caisses de pension subissent elles aussi les taux d’intérêt négatifs. Cela les contraint à acquérir des immeubles à des prix surfaits pour parvenir à faire face aux attentes de leurs assurés. Voilà un risque bien supérieur à celui identifié par les experts de la BNS. 

On aimerait que le pays se réveille et qu’une mesure soit prise pour protéger les investisseurs institutionnels. Sinon, les épargnants et les assurés seront doublement pénalisés: non seulement avec des rendements pour les avoirs du 2e pilier en chute libre, mais en plus par la déflation qui s’installe dans le pays. Mais, au fait, y a-t-il encore quelqu’un au Conseil fédéral qui soit en mesure d’influer sur la stratégie suivie par la Banque nationale suisse?

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