Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

QUEUE DE COMÈTE / Vallotton et Katz dialoguent à Lausanne

C’est une rencontre basée sur des coïncidences. Il est apparu à Bernard Fibicher, directeur du Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, et à Camille Lévêque-Claudet, son co-commissaire, que les toiles de l’Américain Alex Katz évoquaient celles de Félix Vallotton. 

Pourquoi pas? Tout concorde dans leur approche du paysage, du portrait ou du nu féminin. Aujourd’hui âgé de 86 ans, le New-Yorkais n’inclut pourtant pas le Vaudois dans son arbre généalogique pictural. Quand on lui parle boutique, il évoque plutôt Jackson Pollock ou Pierre Bonnard. Des noms prestigieux auxquels ses toiles ne font en revanche jamais penser. 

Rapprochements justes

L’actuelle exposition tient donc de la gageure. Il a fallu, avec l’aide de Katz, tracer des parallèles. L’Américain s’est pris au jeu, se découvrant pour l'occasion un grand-père inconnu. Il a admis l’idée d’un parcours thématique. Aux autoportraits (Lausanne vient d’acheter celui de Katz) succèdent ainsi les vues de la nature (avec une préférence commune pour les couchers de soleil), puis les femmes dénudées ou étudiées de près. 

Le miracle, c’est que le résultat sonne finalement juste. Les rapprochements se révèlent judicieux. Ils donnent des airs de famille. Il était bon de mettre «La femme au foulard jaune» de Vallotton avec «The green scarf» de Katz. Le problème à contourner était le changement d’échelle. Sous la pression, sans doute, du marché de l’art, Katz réalise aujourd'hui des œuvres monumentales, alors que Vallotton a généralement gardé un sage format de dessus de commode. Cette disproportion a été contournée par la présence ponctuelle d’esquisses. Katz crée en petit ce qu’il passera à l’agrandisseur. 

Peinture lisse et plane

Ce qui unit en fait les deux hommes, l’un étant mort en 1925 et l’autre étant né en 1927, c’est l’idée d’une peinture lisse et plane. Le modelé se révèle chez l’un comme chez l’autre minimal. Beaucoup d’aplats. Quelques ombres. Des couleurs tranchées. Aucun demi-ton. Les deux artistes sont de lointains émules d’Ingres. Vallotton a d’ailleurs avoué ses larmes en découvrant «Le bain turc» de ce dernier en 1905. On a longtemps cru que Delacroix deviendrait l’aïeul de la modernité. Ingres, par ses sujets, semblait dépassé. Eh bien, l’histoire en a décidé autrement! 

Particulièrement réussie, surtout pour le Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, où l’échec semble hélas la norme, l’exposition occupe toutes les salles. On ne peut reprocher à celle-ci que des murs trop blancs. Un péché très «art contemporain». Il a ici le défaut de souligner les vides. Sous dix mètres de plafond, une esquisse de quelques centimètres carrés, cela paraît petit. Très petit... 

Pratique

«Peinture / Alex Katz Félix Vallotton», Musée cantonal de beaux-arts, Palais de Rumine, Lausanne, jusqu’au 9 juin. Tél. 021 316 34 45. Site www.mcba.ch Ouvert le mardi et le mercredi de 11h à 18h, le jeudi de 11h à 20h, du vendredi au dimanche de 11h à 17h. La photo représente un "Coucher de soleil" de Félix Vallotton.

Prochain article le mercredi 29 mai. Fischer présente à Genève ses futures ventes aux enchères lucernoises. Que reste-t-il des ventes romandes?

 

 

 

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