Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Quelles seraient les conséquences d’un Brexit pour la Suisse?

Le 23 juin prochain se tiendra le référendum sur le retrait du Royaume-Uni de l’Union européenne. Dans la soirée, les bulletins de votes seront comptabilisés et ensuite un verdict final sera publié. Pour le moment, les sondages sont de plus en plus serrés.

Ce n’est pas le premier référendum du genre. En effet, en 1975, un référendum similaire a été organisé par le parti travailliste et le maintien a été voté à plus de 67%. Cette fois-ci, le référendum fait partie d’une promesse électorale de David Cameron, qui soutient officiellement le maintien. Toutefois, afin que le maintien puisse passer, le premier ministre britannique a auparavant négocié une série de concessions qui conféraient à la Grande-Bretagne un « statut spécial ».

Il est à noter que, déjà lors des négociations contre le Grexit, beaucoup d’observateurs se posaient la question de la faisabilité d’une sortie de l’Union européenne, qui reste très hypothétique, car il existe une ramification impressionnante de traités et d’accords. Nous pensons clairement qu’il en sera de même pour le Brexit.

Initialement, une large majorité de votants souhaitaient rester au sein de l’Union européenne. Mais très récemment, la tendance s’est inversée et a provoqué des remous sur les marchés financiers. En effet, si la sortie de l’Union européenne l’emporte, les conséquences économiques seraient telles qu’on assisterait à un véritable raz-de-marée sur les marchés.

Entre autres, le think tank Open Europe estime qu’une sortie coûterait 56 milliards de livres à l’économie britannique et une perte de 2.23% de son PIB. La Confederation of British Industry l’estime à 5% du PIB. Le Trésor Public du Royaume-Uni, quant à lui, l’a estimé à 3.6 points, mais ajoute 500 000 emplois perdus et une livre sterling en baisse de 12%. De très grandes entreprises ont également fait part de leur volonté de quitter la Grande-Bretagne, si un tel événement se produisait (Airbus, HSBC, Deutsche Bank…)

Depuis l’annonce du référendum, les marchés sont restés plutôt stables, jusqu’à il y a quelques jours, où un sondage YouGov a donné le Brexit gagnant. À quelques jours du vote, ceci commence à être significatif. Sur la nouvelle, la livre sterling a perdu plus de 150 pips par rapport au dollar, passant, en quelques minutes, de 1.45 à 1.4353. En effet, les marchés les plus impactés seraient la livre sterling et l’euro, car les deux zones y perdraient naturellement beaucoup. Bien évidemment, les marchés actions seraient tout autant négativement impactés, car cela affectera directement le profit des entreprises.

Ainsi, si le vote est serré ou que le Brexit l’emporte, les investisseurs pourront s’attendre à une très forte volatilité sur les marchés actions et le marché des devises. À l’inverse, nous pourrons nous attendre à une faible volatilité, si le Brexit ne l’emporte pas.

Mais qu’en est-il de la Suisse ?

La situation de la Suisse est extrêmement complexe. En effet, la crainte d’une sortie de l’Union européenne attire mécaniquement de plus en plus d’investisseurs vers le franc et il paie là sa réputation de valeur refuge. Rappelons que ces dernières années, il a joué ce rôle en s’appréciant de près de 50% vis-à-vis de l’euro entre 2007 et 2011. Lors de cette période trouble, que nous connaissons actuellement, le franc ne cesse de s’apprécier, passant en quelques jours de 1.11 à 1.088, suite au sondage publié lundi dernier. Face à cela, la BNS va avoir fort à faire afin de conserver sa monnaie à des niveaux qui lui sont « acceptables ».

Preuve en est, les réserves de change de la BNS ont été annoncées cette semaine et elles s'avèrent nettement supérieures au mois précédent (602,1 milliards contre 587,6 milliards de CHF). Il s'agit du montant le plus élevé jamais enregistré par la BNS, qui procède à une augmentation régulière de ses réserves depuis début 2009, avec une accélération plus marquée depuis 2012. La BNS continue à intervenir encore massivement pour stabiliser le taux de change EUR/CHF.

La Banque Centrale n’aura qu’une seule autre solution à sa disposition : une baisse des taux. Mais cette dernière ne sera pas nécessairement très efficace. En effet, la majorité des taux effectifs en euros sont négatifs et baisser les taux davantage n’apporterait que, marginalement, très peu d’effet. Ainsi, elle devra continuer ses achats massifs, si elle veut réussir à stabiliser le taux de change, ce qui ne ferait qu’accroître son bilan et les propos négatifs des concitoyens.

La BNS se retrouverait alors dans une situation inextricable. Dans le cas d’un Brexit, nous pouvons clairement anticiper une chute brutale du taux de change EURCHF, qui cote actuellement à 1.088. Ainsi, nous pourrions aisément perdre 9% (soit moins que les anticipations du Trésor britannique) et, via le mécanisme de « flight to safety », nous retrouver à la parité dans les jours qui suivront cet hypothétique résultat.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."