RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

Quel «Grand» Genève?

Alors que la campagne électorale en vue des élections au Grand Conseil et au Conseil d’Etat genevois bat son plein au bout du lac, la question de la légitimité du «Grand Genève» ressurgit.

Cette appellation est apparue lors d’une «pseudo» consultation populaire voilà six ans de cela. Un «comité de pilotage» avait présélectionné trois noms, puis 5031 personnes se sont exprimées via un site web dévolu, dont 200 personnes non domiciliées dans la zone concernée. Cela représente environ 0,5% des résidents (enfants compris). Parmi les rares votants, 44% ont opté pour cette terminologie. Bref, cette appellation «Grand Genève» ne bénéficie pas d’une réelle légitimité populaire. 

Comment pourrait-il en être autrement? Comme le soulignaient certains observateurs à l’époque, pour les Français des communes concernées, cela rappelle une autre appellation, celle du Grand Paris. Autrement dit, cela pourrait ressembler, de loin, à l’aventure centralisatrice menée au début du XXe siècle par l’Etat français. Du côté vaudois, seul le district de Nyon a été intégré dans le projet d’agglomération. Autant dire uniquement la région où une grande partie des habitants fait la navette pour venir travailler la journée sur Genève.

En résumé, il devient de plus en plus difficile d’engager des citoyens contribuables dans une aventure qui tente de faire l’impasse sur une réelle votation générale afin de légitimer cet avenir commun.  

Il faut un vrai débat

Loin de moi l’idée de nier la pertinence de penser la politique des transports dans l’intérêt des usagers et donc de viser une harmonisation des plans de mobilité. Il n’empêche qu’une petite élite (composée à la fois d’élus politiques et de technocrates) a accaparé ce concept qui ne cesse de prendre de l’ampleur sans trop se soucier de son assise populaire. Logique, dans ces conditions, que l’UDC, par exemple, fasse campagne contre le «Grand» Genève, disant opter pour le «bon Genève». 

L’intitulé «Grand Genève» a remplacé le terme plus administratif d’agglomération franco-valdo-genevoise. Ce choix est en train de se retourner contre ses géniteurs. Il cristallise un ras-le-bol contre le trop-plein de véhicules transfrontaliers qui embourbent le trafic et rendent la traversée de la Rade insupportable, notamment. 

Le fossé entre les concepts «pondus» au sein des états-majors des principaux partis et le ressenti d’une partie significative de la population ne doit pas être sous-estimé. Et même si le morcellement des forces «populistes», à droite comme à gauche, devait aboutir à un certain affaiblissement de leur représentation, nos élites ne devraient pas pour autant s’abstenir de planifier un vrai débat sur les objectifs du «Grand Genève». 

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