Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Quel est le lien entre: un pipeline, l'accord avec l'Iran, l'opération "Atlantic Resolve" et la Grèce?

La géostratégie et la macro-économie sont souvent, voire toujours, liées.

Pour faire court, avec la probable signature de l'accord entre l'Iran et les Occidentaux fin juin, les USA vont déplacer le barycentre de la région du Moyen/Proche Orient. Dans un proche avenir, la présence militaire américaine pourrait se réduire dans la zone.

Dans le même temps, si cet accord est signé, la Russie perd de son influence dans la région. Les pays de l'Europe de l'Est pourraient devenir le nouveau terrain de jeux des stratèges américains, devant la persistance de Poutine à vouloir créer sa zone tampon tout le long de sa frontière avec l'Europe.

Ce n'est pas un hasard si, ces derniers jours, l'OTAN a conduit un exercice de grande envergure en Europe de l'Est sous le nom de code "Operation Atlantic Resolve"... Tout un programme...

Dans ces conditions, alors que son pays a besoin de revenus provenant des exportations d'hydrocarbures, Poutine doit sortir au plus vite l'Ukraine de l'équation. Ainsi, il retrouvera des marges de manoeuvre.

Or, le plan A était de prolonger le pipeline Turkish Stream via la Hongrie. Le pays ayant un système financier proche de l'implosion, les gains financiers étaient tentants. Les organisations européennes ont cependant vite inondé le pays d'euros et de garanties en tous genres afin que le deal tombe à l'eau. Poutine était donc à la recherche d'un plan B.

Dans un précédent post, j'avais souligné les liens étroits (religieux) entre la Grèce et la Russie. Or, si Poutine se défend d'avoir reçu toute demande d'aide financière d'Athènes, cela n'a pas empêché le maître du Kremlin de vouloir suspendre l'interdiction d'importation de produits agricoles provenant de trois pays : Chypre, la Hongrie (tiens, de nouveau...) et la Grèce!

De plus, une nouvelle intéressante est tombée, peu avant la visite d'Alexis Tsipras, Premier ministre grec, à Moscou : la Russie pourrait faire une avance sur recette à la Grèce si elle acceptait de recevoir la prolongation du pipeline Turkish Stream...

En mettant la Russie dans la boucle, en plus de la multiplication des contacts en tous sens avec le FMI, la BCE et la Commission Européenne, la Grèce va devenir le pire cauchemar des institutions de la zone euro, et probablement des investisseurs.

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